19-11-2017
 
 
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LE PASSÉ DEVANT SOI

Parler de ce qui est « derrière » pour évoquer le passé et de ce qui est « devant » pour désigner l'avenir semble d'une évidence universelle. Pourtant, il y a au moins un peuple qui échappe à la règle : les Aymaras d'Amérique du Sud. Leur représentation du temps est l'inverse de la nôtre, explique Rafael Nuñez, chercheur en sciences cognitives à l'Université de Californie. Pour ce peuple andin, le passé se situe devant et l'avenir derrière.

L'équipe de Nuñez a étudié le vocabulaire et la gestuelle d'Aymaras vivant au Nord du Chili. Sur la trentaine d'adultes interviewés, un seul ne parle que l'aymara, la plupart sont bilingues aymara-espagnol, quelques-uns ne parlent que l'espagnol.

Pour parler du passé, le langage aymara utilise le mot nayra, désignant l'œil, la vue, le front. Pour parler du futur, il utilise qhipa, qui désigne le dos, l'arrière. à cela s'ajoute la gestuelle. Lorsqu'ils évoquent l'avenir, les Aymaras rejettent leur main par-dessus leur épaule pour montrer l'espace qui est derrière eux. À l'inverse, les bras tendus vers l'avant désignent une époque ancienne. Dans la revue Cognitive Science, Rafael Nuñez explique cette singularité par l'importance que les choses vues et connues revêtent dans la culture aymara. Le passé est ce qui a été vu, contrairement au futur.

Si la langue aymara est encore parlée par plus d'un million et demi de personnes en Bolivie, au Pérou ou au Chili, leur vision originale du temps pourrait bien disparaître. Les chercheurs ont en effet constaté que les jeunes Aymaras qui, contrairement à leurs aînés, parlent couramment l'espagnol en plus de la langue indienne, ont tendance à adopter la gestuelle commune avenir/devant, passé/derrière.

(N.O./Cognitive Science)

 
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