22-11-2017
 
 
SOMMAIRE

AU COMMENCEMENT

D'où venons-nous ? Qui sommes-nous ? Où allons-nous ? L'humanité multiplie le récit de ses origines.

Dans la grande quête des origines, la théorie du Big Bang rassure et réunit croyants et scientifiques. Cette explosion initiale a belle allure. Elle s'identifie bien à l'acte créateur d'un Dieu au caractère puissant et martial. On croit revoir, version cosmique, le « Dieu des Armées » ouvrir la mer devant les Hébreux, comme dans la Bible.

Mais qu'y avait-il avant le Big Bang ? Découvrir ce qui précède... Revenir à l'Unique... Le souvenir enfoui de l'origine anime la recherche de l'homo sapiens : création, naissance d'un monde, ou encore éveil de la conscience humaine à ce qui est ou ce qui n'est pas.

Nos outils de mesure et d'investigation deviennent toujours plus sophistiqués. Mais ils ne pourront probablement pas satisfaire notre désir de savoir. Toutes nos expériences ne nous permettent guère d'en savoir plus que nos ancêtres armés de leur seule intuition.

À la place d'une création style haut-fourneaux, avec fumées, coulées de métal en fusion et tapage industriel, ils ont préféré la naissance d'un monde discrètement suscité par la puissance du nom. N'est-ce pas le témoignage du Poème de la Création, que l'on trouve dans cette épopée babylonienne écrite 2000 ans av. J.-C. :

« Lorsqu'en haut les cieux n'étaient pas nommés
Qu'en bas, la terre n'avait pas de nom
Alors qu'aucun Dieu ne resplendissait
Qu'aucun nom n'était prononcé
Qu'aucun destin n'était fixé... »

Extrait de Enûma Elish

Dans l'expérience de la culture humaine, le son vient bien avant la lumière : danse et chant ont transmis durant des temps considérables les histoires fondatrices. C'est beaucoup plus tard seulement, dans le ventre de la terre, que l'homme grave ou peint les visions que lui suggèrent la roche ou la transe des chamanes. Dans le microcosme de ses cavernes arrachées à l'obscurité et aux animaux sauvages, l'homme reçoit la révélation du grand Univers. Il lui donne vie en l'inscrivant sur la pierre.

Et si l'Univers existait de toujours à toujours, et que la conscience humaine avait mission de l'éclairer comme la torche dans la grotte ?

« Il n'y avait pas l'être, il n'y avait pas le non-être en ce temps-là.
Il n'y avait ni l'espace ni le firmament au-delà.
Quel était le contenu ? Où était-ce ? Sous la garde de qui ?
Qu'était l'eau profonde l'eau sans fond
Ni la mort, ni la non-mort n'étaient en ce temps.
Point de signe distinguant la nuit du jour.
L'Un respirait sans souffle, mû de soi-même.
Rien d'autre n'existait par ailleurs. »

Extrait du Rig Veda

Ce texte, tiré du grand livre sacré de l'Inde, le Rig Veda, aurait été écrit il y a plus de 8 000 ans - les hindous pensent que les Vedas leur furent révélés dès la création du monde !

Mais bien avant la découverte de l'écriture, l'homme racontait par l'image le récit du début des choses. Il y a 20 000 ans, au fond des grottes, l'homme met ainsi en scène ce qu'il perçoit de cet univers, de son avant, de sa manifestation : sa naissance ou sa création. Certains archéologues supposent une entrée sans ornementations au dédale des cavernes, un espace vierge, figure de ce Chaos dont on ne perce pas le mystère. Dans les salles suivantes, comme on le voit dans la grotte Chauvet en France, des points rouges sur fond blanc évoquent, par la dualité qui s'instaure, la naissance d'un monde, la naissance d'un homme... Le début d'une chronologie. Enfin les figures humaines, les animaux réels ou fictifs, parfois en troupeaux compacts courent le long des parois vers une mort certaine : le fond de la grotte, noir comme l'eau primordiale, nous ramène au néant, au Chaos où tout s'achève et où tout peut renaître.

À la période post-glaciaire (après un déluge ?), la famille humaine se disperse et célèbre la Terre-Mère qui lui offre un jardin si merveilleux. Est-ce seulement la planète qui nous porte ou bien la Mère qui engendre toute chose, qui est représentée sous les formes généreuses de la Vénus de Laussel offrant une corne d'abondance ?

Beaucoup de ces déesses-mères enfantent l'homme, l'animal ou le monstre « sans dormir avec personne » comme le précise la Théogonie d'Hésiode (8e siècle avant J.-C.). Une parthénogenèse donc, auto- fécondation dans certains cas : le Devenant, l'Un prend alors naissance, et de lui la multitude des dieux et des créatures. La Vierge-Mère de toutes ces traditions annonce la Vierge-Marie, Mère du Christ Rédempteur, re-créateur de la Création toute entière.

« Au commencement, les Eaux, l'Océan existaient seuls.
Les Eaux désirèrent : « Comment parviendrons-nous à procréer ? »
Elles firent effort, elles ardèrent l'ardeur
Et voici qu'en elles qui ardaient l'ardeur,
Un Œuf d'Or apparut. »

Extrait de Sathapatha Brâhmana
(rituel védique de 1900 à 2300 avant JC)

Des enceintes ovoïdes en Bretagne... Des œufs vides au Sahara... Au Mont Bego, dans le sud de la France, c'est la vache qui fait l'œuf rompant ainsi le cycle de la sempiternelle question de l'antériorité de l'œuf ou de la poule !!! Ce qui est sûr, c'est que quantité de cultures célèbrent le retour du printemps par une fête des œufs dans la période de Pâques : une éternité surgit du renouveau de la vie. Sur l'Ile de Pâques, les hommes au printemps bravaient les dangers de la mer et des roches pour rapporter l'œuf fragile qui leur vaudrait de devenir l'Homme-oiseau investi de la puissance divine. Piqueté de points rouges et noirs comme les voûtes des cavernes de Pech-Merle, l'élu procèdera au sacrifice humain ; la prospérité sera ainsi assurée aux habitants de l'Ile. Au Sahara par contre, c'est une vachette qui sort d'un œuf...

« C'est la vache qui fait vivre les dieux,
La vache qui fait vivre les hommes.
La vache, c'est tout ce qui est,
Tout ce qui contemple le Soleil. »

Extrait d'Atharva Veda
(traditionnellement appelé le quatrième Véda)

En ces temps lointains où débute le développement agro-pastoral, les tribus honorent le couple sacré de la Vache et du Taureau céleste. La parthénogenèse fait place à la hiérogamie dans la genèse des mondes, comme nous le découvre aussi la stèle brisée de Locmariaquer en Bretagne.

Avant et pendant l'ère du Taureau, les dieux et les hommes se parent de cornes : Shiva, le Dieu hindou, porte un masque cornu bien avant d'être vénéré sous ce nom, et le bel Apollon lui-même garde les vaches dans le monde grec.

Tant de peuples font encore la place belle à la vache, son lait et son beurre. En Inde, ses produits ne sont-ils pas l'offrande majeure pour commercer avec les dieux ? Et aujourd'hui encore, les nomades Woodabes d'Afrique subsaharienne entretiennent une relation quasi rituelle avec leurs troupeaux. Là aussi, au début de leur temps, une vache n'est-elle pas sortie des eaux pour donner vie à leur peuple ?

Eau primordiale contenant l'Oeuf d'or, liquide amniotique nourrissant et protégeant l'embryon, taches rouges sur fond blanc, naissance de l'homme dans le temps, un couple de bovidés contenant et engendrant le tout, tellement lié à l'homme que l'un et l'autre se confondent dans le mythe du Minotaure...

Qui sait : d'où venons nous, qui sommes-nous, ou allons-nous ? ©EQm

©P.Pingault
Dessin de la Vénus
de Laussel.
©M.H.Parant
 
 
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