22-11-2017
 
 
SOMMAIRE

LA BÉNÉDICTION DES NOMADES

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Qui voyage sans rencontrer l'autre ne voyage pas : il se déplace.

Un des premiers grands voyages de l'humanité a commencé par une malédiction. Caïn a dû quitter la terre de lait et de miel pour l'errance en direction du pays de Nod, à l'orient d'Eden. Par jalousie, il avait tué son frère Abel.

Dans la mémoire des peuples nomades, comme chez les Roms, demeure le souvenir d'un bannissement. Devins et amuseurs d'un roi de l'Inde, les ancêtres des Roms lui auraient déplu. Chassés du royaume, ils sont parvenus au 16e siècle dans les contrées européennes, en passant par l'Égypte – d'où leur nom, Gypsies, ou Gitans...

Les sédentaires estiment les peuples nomades privés de l'essentiel : sans un chez soi stable et sûr, comment l'homme prend–il sa véritable dimension ? se demandent-ils. La malédiction qui pèse sur Caïn est bien de devoir s'aventurer dans des régions inconnues et hostiles. Yahvé reprit : « Qu'as-tu fait ! Écoute le sang de ton frère crier vers moi du sol ! Maintenant sois maudit et chassé du sol qui a ouvert la bouche pour recevoir de ta main le sang de ton frère. Si tu cultives le sol, il ne te donnera plus son produit, tu seras un errant parcourant la terre. » (Genèse 4, v 10 à 12)

L'inquiétude de Caïn, j'ai pu la ressentir en Roumanie. Dans le camping–car qui nous servait de maison, ma famille ne pipait mot. Nous allions pénétrer dans le pays ubuesque du dictateur Ceaucescu. Comme Caïn, nous avons ressenti l'angoisse de perdre nos repères. La route interminable tranchait en deux une terre oppressée, grise de désolation. L'orage furieux grondait. Soudain, un arc-en-ciel a peint ses couleurs sur les nuages, encadrant la route comme le font les portes des villes roumaines. Il nous a longtemps accompagnés, clin d'œil d'en haut pour nous encourager à prendre le risque de pénétrer dans ce pays menaçant à l'ère communiste.

Car, comme le signifie l'arc-en-ciel dans la tradition biblique, la malédiction est levée. Il n'y aura plus de déluge. En venant habiter au milieu de nous, dans la chair, le Christ dévore toutes les distances qui séparaient l'homme et Dieu, et l'homme d'avec l'homme. L'autre n'est plus une menace dont Dieu devrait nous protéger. Caïn avait supplié Dieu de lui accorder une protection toute particulière afin qu'il ne soit pas tué dans ses pays d'errance. Elle ne sera plus nécessaire : à cause du Christ l'autre redevient l'icône, le réceptacle de la présence divine. En aimant ton frère, c'est Dieu que tu aimes. L'itinérance sans attaches se transforme ainsi pour le voyageur authentique en une marche sûre, comme celle d'Abraham, vers la Ville pourvue de fondations dont Dieu est l'architecte et le constructeur.

Le cœur profond du voyage véritable, du pèlerinage chrétien, de la course apostolique d'un saint Paul ou celle d'un Jean-Paul II, ne serait-il pas la hâte de visiter l'Autre, cet homme ou cette femme proche ou lointain, pour une découverte réconciliante, pour expérimenter combien il est doux de vivre ensemble en frères. « Par la foi, Abraham obéit à l'appel de partir vers un pays qu'il devait recevoir en héritage, et il partit ne sachant où il allait. » (Hébreux 11,v 8.)

Dans les campings sordides de Roumanie, il m'est souvent arrivé de laisser ma famille pour partir de nuit vers des frères et des sœurs avides de la Bonne Nouvelle. Pour des raisons de sécurité, mon épouse ne devait rien savoir de l'endroit où j'allais...

Le voyage passe toujours par l'expérience de tout quitter. Mais dans le même temps, il étend presqu'à l'infini l'espace de la tente. La promesse attachée au voyage entrepris par Abraham est celle d'un peuple plus innombrable que les grains de sable. Combien de fois, en combien de pays et de peuples durant mes nombreuses missions, tant de mères et de pères, de frères et de sœurs me furent donnés et m'ont offert la sainte hospitalité au cœur de leur maison… Il est vrai qu'en quittant quelquefois les miens, j'ai reçu au centuple des parents et des enfants, comme ces jeunes de Lituanie que je viens de quitter.

J'achève le texte que vous lisez dans ce beau pays de champs, de forêts et de lacs dont j'ai parcouru à pied les zones rurales, à l'occasion d'un pèlerinage de jeunes. [...] ©EQm

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En Roumanie.
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La célèbre Trabant.
 

Pascal Pingault est fondateur de la communauté du Pain de Vie. Auteur et conférencier, il témoigne dans de nombreux pays de son choix de vivre « pauvre avec les pauvres ». D'origine française, il a fait d'un village de lépreux au Niger sa terre d'adoption.

 
 

SUR LES ROUTES
Dans l'année qui a précédé la fin du communisme, nous avons décidé de partir en famille en camping-car pour une vie missionnaire en Europe de l'est et dans le Maghreb.
Notre fraternité itinérante était formée de notre véhicule, avec ma famille de sept enfants, et d'un autre camping-car avec deux sœurs de notre communauté, qui servait aussi de chapelle. Nos enfants disaient alors qu'ils avaient la plus petite maison du monde. Il est vrai que le véhicule servait tout à la fois de chambre commune, de salle à manger, de bureau pour papa et maman, de salle de classe pour les cours par correspondance des enfants. Mais ils disaient aussi qu'ils avaient la plus grande cour de récréation du monde : les parkings de Tchécoslovaquie, les vallons de la Roumanie ou les plages d'Algérie...
 

 
 
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