26-09-2017
 
 
SOMMAIRE

VOYAGEURS ANONYMES (EXTRAIT)

Procurez-vous le reportage complet et ses explications en vous abonnant à En Quête.

Sur les plus hautes routes des Andes, des hommes avancent pour échapper à l'alcool et à leurs démons. Récit.

Le vol du condor... immense dans le ciel... Seul un oiseau de cette envergure peut évoquer l'infini du paysage, dans le Sud péruvien : de la côte aride et poussiéreuse à la forêt, la selva si luxuriante qu'elle oblige les hommes à lutter sans cesse pour l'empêcher de se refermer sur eux... Entre les deux, l'altiplano, la puna, où le vent pleure et jubile comme la quena, la flûte en roseau du peuple quechua...

Traversant ce nulle part, qui est pourtant le cœur fertile et nourricier de ce peuple, une piste, creusée d'ornières profondes… De part et d'autre, à perte de vue jusqu'aux contreforts de la Cordillère intérieure, le rouge de la quinua et le vert de l'icchu, le « chaume rude » que broutent les lamas et les alpagas, autour des champs de céréales prêts à la récolte.

Sur ces routes, on croise des camions surchargés, des cars bringuebalants... et sans cesse, des femmes – surtout - qui cheminent à petits pas, le q'epiy ou la wawa sur le dos. Marcher... le peuple quechua marche sans cesse (voir EQm 3, Sagesse des Peuples). Il va et il vit. Et dans ce cheminement, il résiste.

Certains y trouvent même une deuxième vie. Comme ces cinq hommes marchant avec Benoît Damon, qui œuvre depuis de nombreuses années avec la communauté du Pain de Vie dans ces coins reculés du Pérou. Marmites, tentes, couvertures, les hommes lourdement chargés approchent du village de Lampa, dont les alentours sont truffés de ch'ullpas en pierre sèche, l'entrée de souterrains par lesquels passaient les messagers incas pour courir vers le lac Titicaca ou vers Cuzco...

« Quand je reviens du village vers cette maison de terre et de paille, mes compagnons ont déjà monté la tente sur le terrain », écrit Benoît dans un de ses récits de voyage. « Nous faisons la cuisine avec de la bouse séchée ; ça m'impressionne mais ça chauffe bien. Nous avons bien mangé tous les cinq tandis que le ciel se couvre de nuages. Ici, la lumière et les montagnes sont belles. Grand silence... J'ai dormi seul dans la tente, les quatre autres dans la cabane. »

©M.Basset

Le lendemain, départ de Lampa (3900 m) sous un soleil clair, pour trois quarts d'heure de forte montée jusqu'à l'école de Miraflores (4200 m). « Joie et harmonie, ce soir : on voit Juliaca, très loin à l'horizon, tout ornée de lumière. Mes compagnons sont tranquilles, ils se satisfont d'un pain et d'une tisane. Le chemin est difficile mais nous espérons arriver ensemble jusqu'où il faudra... Vraiment, un jour très positif : rencontre avec différents professeurs et jeunes du coin, un adventiste qui nous donne du ch'uño, les patates « lyophilisées », séchées et déshydratées par l'exposition au gel que l'on mange dans les Andes ».

Le lendemain, ascension du Coachico (4600 m) : « Malgré Raul qui cherche à démoraliser les enthousiastes, la troupe a supporté. Nous montons. Alfonso part devant, Roque boîte et arrive. Sergio glisse et arrive aussi. De là-haut, on voit très loin... Une montagne curieuse entièrement faite d'argile, comme un dos de monstre, une autre plus loin avec des rochers ronds et abrupts, immenses... »

Benoit Damon ne fait pas de tourisme. Depuis de nombreuses années, il s'est pris d'amitié pour les hommes de la rue de Juliaca, une ville commerçante et impitoyable en bordure du Lac Titicaca. Il les a rencontrés près de la voie ferrée, où les marchands d'alcool à brûler servent dès l'aube ces hommes pris par l'alcool, comme par une drogue. Dans le « Triangulo », un tout petit parc sans charme ni fleurs, voisins et commerçants leur administrent cambouis, kérosène à la figure et coups de bâton à l'occasion.

Benoît a eu l'idée de partir avec eux. Marcher, travailler sur la route, se déraciner pour se désintoxiquer et reprendre pied dans la vie, ou au moins dans la dignité. « Cette fois-là, au Triangulo, je retrouve Sergio, Pancho, Alfonso, Juan de Dios, irrésistiblement attirés par ce lieu. Mission quasi impossible : je dois leur offrir le bus pour qu'ils daignent repartir avec moi. »

Et pourtant, depuis l'année 2000, par petits groupes, ils marchent ou roulent à vélo, plus de 3500 km parcourus sur quelques sommets du monde. « Bénédiction de mes frères et des cinq bicyclettes : Sergio arrive tard, complètement saoul mais décidé à partir ; il y a Victor, David, et deux nouveaux, venus d'un débit de boisson local appelé chichería. Arturo est là, ainsi que Washington, notre cuisinier bien péruvien malgré son nom. Trois mois et demi de préparation et nous voilà partis, avec beaucoup d'enthousiasme et de foi, une bibliothèque sur le dos qui pèse un peu, et surtout le matériel pour nos ateliers itinérants, de quoi fabriquer des croix, des chapelets, des caramels, des boissons gazeuses naturelles, des bijoux fantaisie... »

Cabanillas, Santa Lucia, Arequipa, Mollendo, le groupe égrène les villages. Il passe à Moquegua : plus de deux ans après le terrible tremblement de terre (24 juin 2001), la plupart des maisons portent encore de nombreuses fissures. « Là, au trentième jour de route, Victor et David nous soustraient tout le matériel de campement et une bicyclette. Nous devons rester dix jours, accueillis sous tente au Hogar Belen, un havre pour enfants abandonnés et mères célibataires, pour reconstituer les ateliers et repartir avec 20 €/30 $CAN en poche ! » [...] ©EQm

Procurez-vous le reportage complet et ses explications en vous abonnant à En Quête.

©M.Basset
Un aperçu en pdf
©M.Basset
©M.Basset
 
Accueil Copyright S'abonner Nous contacter