26-09-2017
 
 
SOMMAIRE

SUR LA ROUTE

Deux mois en famille, à la rencontre de l'Amérique. Pour réapprendre à vivre lentement ensemble.

Les enfants, on a une visite ! Deux petites têtes blondes lèvent les yeux de leurs dessins et regardent par la fenêtre. « Coucou le caribou ! », s'exclament-ils tout joyeux mais pas tellement étonnés... Comme s'il était devenu banal de tomber nez à nez avec un tel être à cornes. Zacharie et Calliope ont trois et quatre ans et ils connaissent les noms des bêtes sauvages nord-américaines comme si elles étaient leurs animaux de compagnie.

C'est un peu ce qui est arrivé pendant deux mois, le temps d'un voyage en camping-car tout autour des États-Unis. De Montréal à la Nouvelle Orléans, tout le long de la frontière mexicaine jusqu'à Los Angeles, de la côte Pacifique jusqu'à San Francisco et de Salt Lake City à Yellowstone..., serpents, bisons, tarentules et même grizzlis ont peuplé notre voyage. Certains jours, nous avons rencontré plus de bêtes que d'êtres humains !

Partis de Montréal à la mi-avril dans le froid et la grisaille d'un printemps trop tardif pour les Français d'origine que nous sommes, nous avons décidé de quitter la routine de notre vie quotidienne –  garderie, boulot, dodo - pour une pause de deux mois en famille. Ce qui nous a aidé à franchir le pas : la naissance de notre troisième enfant, il y a un an, qui nous a donné droit à un congé parental et donc la possibilité de nous absenter plus de deux mois tout en conservant notre emploi.

À mon avis, Montréal est une ville très agréable pour les familles. Les horaires de travail ne sont pas trop difficiles, on profite des piscines l'été et de la neige l'hiver. Mais au quotidien, nos moments partagés à cinq sont trop rares et surtout beaucoup trop courts. Ce voyage est né de l'envie de profiter avec lenteur les uns des autres, tout en découvrant un autre pays. Et pas n'importe lequel ! Celui du rêve et du cinéma, des cow-boys et des chercheurs d'or, le Grand Canyon, la Californie, le pays où tout est possible, mais celui aussi qui est parti en guerre contre l'Irak, le pays de Bush, des anti-Kyoto et de Guantanamo.

Qui sont véritablement les Américains ? Nous voulions faire des rencontres, découvrir l'Amérique « profonde ». Mais amarrés à notre véhicule motorisé de 28 « pieds » qui était notre voiture tout autant que notre maison, nous avions aussi décidé de bannir les villes. Nous dormions presque tous les jours dans des parcs nationaux ou provinciaux, c'est-à-dire en pleine nature, dans des campings où chaque emplacement est entouré d'arbres avec vue sur la mer, la forêt ou le désert, selon la région. Dans ces campings quasi sauvages, en pleine période scolaire, ce sont tout au plus quelques retraités sur la route que nous avons rencontrés. Des parents allant voir un fils établi sur la côte est avant de retourner voir leur fille sur la côte ouest ; d'anciens agriculteurs enfin libérés de leurs contraintes et décidés à profiter pleinement de l'immensité de leur pays. L'un nous a invités à voir ses photos d'oiseaux ; d'autres à dormir chez eux lors de notre retour vers Montréal. Des contacts chaleureux qui ont effacé nos images fantasmées d'Américains obèses enrobant des cerveaux de petits hommes verts déconnectés du monde.

Tous les matins ou presque, nous prenions de quoi manger dans un sac à dos et partions en ballade pour la journée. Le petit dernier, Jonas, était accroché au sac à dos de son papa, et les deux grands marchaient avec plus ou moins d'entrain, selon la fatigue, l'humeur ou les difficultés du terrain... Ces promenades sont les plus beaux moments du voyage. Les canyons de l'ouest américain avec leurs arches rouge et ocre creusées par l'érosion, les pueblos du Nouveau-Mexique, villages indiens encore bien vivants, les cactus en fleur des déserts, les geysers de Yellowstone nous en ont mis plein les yeux. Les enfants n'ont sans doute pas absorbé grand chose du paysage mais pour eux, chaque promenade était une occasion de ramener des trouvailles, coquillages ou pommes de pin, dans notre maison roulante. Puis nous reprenions la route vers un autre parc et la promesse d'autres ballades.

En deux mois, nous avons parcouru 16 000 kilomètres, environ 200 km par jour. Ces longs moments de route ont permis aux enfants de transformer leurs récoltes en véritables trésors : les coquillages du Nouveau-Mexique et du Pacifique sont devenus brillants et multicolores une fois peints avec application par Calliope. Les bâtons du Mississipi et de l'Arizona sont devenus rouge et orange flamboyant sous les doigts de Zacharie ; pétales de fleur, écorces, tout y est passé. Les enfants ont rapporté à Montréal des tonnes de souvenirs peinturlurés chargés d'émotions.

Pour les parents, les heures de sieste des enfants nous ont aussi permis de nous retrouver, de discuter de tout et de rien, puisque de toutes façons il faut rouler. Pour une fois, nous passions des heures simplement ensemble en regardant défiler le paysage. Nous avions l'impression d'avancer.

De retour à Montréal, la routine a repris, le travail, les courses, le bain des enfants, la cour à retaper et la salle de bains à repeindre. Nemo et Shrek évincent peu à peu les caribous dans l'esprit des enfants. Mais Nemo et Shrek, c'est bien aussi. Et pour Calliope et Zacharie, c'est aussi la vraie vie... en attendant les grandes aventures sur la route de leur Vie ! ©EQm

©I. Cuchet
©I. Cuchet
 
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