26-09-2017
 
 
SOMMAIRE

LA GRANDE MARCHE

Depuis ses origines, Homo a la bougeotte. Sapiens sapiens s'aventure même dans l'espace !

L'empreinte est émouvante. Dans la roche de Laetoli, en Tanzanie, des traces de trois ou quatre pas. Une grande personne, puis une autre plus petite à son côté – compagne ou enfant ? Une marche côte à côte, vieille de 3,6 millions d'années, gravée dans les boues du tuf devenues dures comme pierre, signe indubitable qu'un de nos ancêtres hominidé (sans doute un australopithecus afarensis, la même espèce que la célèbre Lucy) est passé par là. Déjà bel et bien debout.

L'humain marche. Inlassablement, il bouge. Depuis ses origines, il avance sans cesse, de lieu en lieu, de danger en découverte. Nous n'avons guère changé : maintenant que nous voilà sapiens sapiens, sédentaires depuis peu et sans plus grand lieu à découvrir sur cette bonne vieille Terre, nous errons dans l'espace et inventons le monde virtuel. Nomades en quête de racines, plus que jamais...

D'où vient l'Homme ? De loin, certainement. Dans le temps d'abord : Six à sept millions d'années, selon qu'on considère comme un des premiers maillons humains les fossiles découverts récemment de la filière kenyane (Orrorin) ou ceux de l'hypothèse tchadienne (Toumaï). Un million de générations nous séparent de cette époque toute proche à l'échelle de l'histoire planétaire : sur une échelle de temps de 24 heures, les dinosaures seraient apparus il y une heure - 170 millions d'années – et nous il y a sept minutes à peine...

Dans le fouillis de multiples espèces de bipèdes dont on a des traces et qui se croisent pendant des millions d'années, quand et lequel devient vraiment le premier Adam, une personne humaine, consciente, au sens profond ? Cro-magnon (sapiens), puis sapiens sapiens, qui a remplacé rapidement toutes les autres formes d'hominidés, peuvent théoriquement prétendre au titre : c'est nous ! Signe indubitable : il y a peut-être 300 000 ans, sapiens sapiens enterre ses morts, comme en attestent les cinq corps vieux de 100 000 ans, retrouvés à Qafzeh, en Galilée. C'est aussi lui qui développe la navigation (80 000 ans) et l'art (35 000 ans), puis invente l'aiguille (19 000 ans) l'agriculture et l'élevage (15 000 ans), les villes (13 000 ans) et l'écriture (plus de 3 500 ans), l'internet et l'expresso doble. Quel génie !

Mais avant, sont-ce des brutes ? L'homme de Neandertal, avec lequel nous coexistons pendant des dizaines de milliers d'années, a une boîte cranienne somme toute proche de la nôtre. Coincé par les glaciations, Neandertal survit grâce à ses talents de chasseurs et son incomparable art de la pierre. Michel Ange, version survie. D'ailleurs, on le croit aussi artiste et peintre. Et avant lui ? Depuis son apparition, le genre Homo maîtrise le feu (400 000 à 800 000 ans), l'habitat (2 millions d'années) et la taille des outils (2,5 millions d'années et des poussières...).

Dans ce dédale de gènes de fossiles et d'artefacts, Les scientifiques ont bien du mal à situer notre filiation. En revanche, les découvertes des paléontologues et des généticiens commencent à bien expliquer les voyages de nos ancêtres. Il fallait une espèce foncièrement nomade pour peupler la planète comme Homo l'a fait !

Les savanes africaines semblent bel et bien être le berceau qui a forgé l'humanité. Se déplaçant progressivement sur leurs deux pieds, libérant leurs mains, nos différents ancêtres arpentent le territoire. Nécessité ou curiosité ? Il y a 1,8 million d'années, ergaster est le premier d'entre eux à quitter le continent africain – peut-être poussé vers l'Est puis le Nord par la progression du désert du Sahara. Dès cette époque, on trouve ergaster à Dimanisi, en Géorgie, première trace d'une présence humaine en dehors d'Afrique. Ergaster, qui évolue en erectus, parcourt l'Europe : il traverse les Alpes il y a un million d'années. On trouve ses premières traces en Chine, il y a 1,6 million d'années. Mais on note encore sa présence en Asie du Sud-est, il y a 50 000 ans ; et l'on vient encore d'en découvrir quelques fossiles vieux d'à peine 18 000 ans, des squelettes d'hommes très petits, sur l'Ile de Flores, en Indonesie, signe indubitable que plusieurs espèces d'humanité ont coexisté.

Il y a 300 000 ans, sapiens, notre ancêtre direct, conquiert lui aussi et très rapidement la planète, en cent mille ans à peine. Deux théories s'affrontent. Les uns disent que sapiens est issu d'une seule souche, sortie subitement d'Afrique en longeant l'est, comme ergaster l'a fait un million d'années plus tôt. C'est l'hypothèse Out of Africa, étayée par les recherches en génétique qui établissent des bases communes de notre ADN au niveau mondial. D'autres scientifiques, dont Yves Coppens en France, disent non : sapiens est apparu aux quatre coins du globe à partir des premières vagues d'émigration. C'est l'hypothèse multirégionaliste. La base génétique commune serait alors le reflet des brassages incessants de population.

Quoi qu'il en soit, sapiens sapiens devient rapidement la seule espèce humaine vivante encore sur la planète. Il y a 60 000 ans, à la faveur des glaciations et de la baisse du niveau des mers, l'Homme moderne arrive jusqu'en Australie, qui ne forme alors qu'une seule et grande Ile avec la Nouvelle-Guinée et la Tasmanie. Pour y accéder, les humains n'ont pas le choix : il leur faut franchir un bras de mer large de 80 km. Plus au Nord, il y a quelque 17 000 ans, d'autres peuples profitent sans doute d'une période de glaciation qui crée une bande de Terre entre l'Asie et l'Amérique, au Détroit de Bering.

Christophe Colomb pensait découvrir un continent en cherchant une route pour l'Inde. D'autres voyageurs l'avaient fait bien avant lui, par la route de l'Est. On avait seulement oublié leur existence... ©EQm

©Jon Steiner
©Copesa
 
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