24-11-2017
 
 
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LES FOUX DU ROI (EXTRAIT)

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Les leaders sont en crise, dit Rémi Tremblay. La raison ? Le monde des affaires leur demande de troquer leurs rêves pour des bilans financiers !

« Les patrons sont les nouveaux fous du roi, affirme Rémi Tremblay. Leur souverain ? L'actionnaire, cet être inconscient et cupide qui exige que la valeur de ses actions monte en flèche. Pour les satisfaire, les fous licencient, fusionnent, rationalisent. Et quand les résultats ne sont pas encore à la hauteur, les fous sont prêts à les maquiller. »

Patron depuis l'âge de 22 ans – il en a 39 aujourd'hui -, Rémi Tremblay a fondé en 1989 Adecco Québec, dont il a fait un chef de file en son domaine en dix ans. Homme d'idées, profondément spirituel et toujours en recherche de sens, Rémi Tremblay avait placé le « bonheur » au cœur de la mission de son entreprise ! Il a ensuite dirigé les 11 000 employés de la filiale canadienne d'Adecco, la plus grande société de recrutement et de placement de personnel au monde.

En 2004, il l'a quittée pour fonder Esse Leadership, une entreprise dont la mission est » d'accompagner les leaders pour leur permettre de devenir les leaders qu'ils sont et non les leaders qu'on leur demande de devenir ».

Dans son livre Les Fous du Roi (Éditions Transcontinental, 2004), Rémi Tremblay lance un cri du cœur. Ses cibles : la tyrannie de l'actionnaire, le manque d'éthique des entreprises, les patrons qui se servent au lieu de servir. Son rêve : éveiller les consciences, rétablir la confiance, et recentrer les leaders sur les valeurs profondes qu'ils ont dû refouler pour survivre dans le milieu des entrepreneurs.

En Quête : Les entreprises vous semblent-elles en crise ?
Rémi Tremblay
 : Profondément. Le capitalisme sauvage qui s'est développé ces dernières années en détourne beaucoup de leur raison d'être. Au lieu de servir la « mission » qui est la leur - fabriquer la plus belle auto, les plus belles tasses au monde, ou rendre le meilleur service aux clients, par exemple -, beaucoup de leaders se mettent à genoux devant leurs nouveaux rois : les actionnaires.
On assiste actuellement à un renversement de situation insensé : à la suite des scandales financiers (Enron, Worldcom, etc.), le gouvernement américain a promulgué la loi Sarbanes-Oxley qui stipule que l'entreprise existe pour satisfaire les actionnaires. La loi indique les contrôles à mettre en place dans l'entreprise pour protéger leurs intérêts.
Évidemment, il n'est pas inutile de protéger les investisseurs. Mais on ne me fera pas croire que les employés et les cadres des compagnies côtées en bourse se lèvent le matin pour faire augmenter la valeur de l'action. Ce n'est pas cela qui donne sens à leur vie professionnelle, qui peut servir de motivation pour qu'ils offrent non seulement leurs bras et leur tête, mais aussi leur cœur.

EQM : Qu'est-ce qui fonde, selon vous, une entreprise ?
R.T.
 : La passion. Une entreprise en tant que telle, ça n'existe pas : c'est seulement un moyen pour un groupe d'individus d'exprimer leurs talents et leurs rêves en commun, parce qu'ils ont le sentiment qu'ensemble ils vont pouvoir réaliser des rêves encore plus grands. Car nous sommes capables de réaliser des choses incroyables quand nous mettons nos talents en commun !
Dans une entreprise, ce qui est le plus important, ce n'est pas le client, l'actionnaire, l'employé ou les patrons, c'est la « cause ». Si on garde les yeux braqués sur la raison pour laquelle on travaille ensemble, si chacun cherche à mieux servir cet objectif commun au lieu de servir son intérêt personnel, l'équipe peut aller loin. Et quand la cause est gagnée, on gagne tous, parce qu'on approfondit tous quelque chose, on va tous vers du fondamental. Le reste suit !

EQM : Dans bien des milieux de travail, on vit aujourd'hui un mouvement inverse.
R.T.
: Pour survivre, l'entreprise troque son identité afin de plaire aux actionnaires. Au nom du conformisme, les leaders acceptent de produire des bénéfices à court terme... Mais comment l'entreprise peut-elle avancer si elle n'a plus comme horizon que les résultats du prochain bilan trimestriel ? Ça ne mobilise plus personne et entre les leaders, ça devient une lutte de pouvoir pour savoir qui va ramasser le paquet.
J'admire les gens qui ont créé l'entreprise Google (le moteur de recherche). Ils ont résisté à la tentation d'aller trop vite en bourse. Une fois là, ils ont maintenu : « Écoutez, on ne veut pas attirer n'importe quel genre d'actionnaires. Notre vision est à long terme ; voilà les conditions, les règles pour nous soutenir. » De ce fait, l'équipe de Google est en train de reprendre le pouvoir que beaucoup d'entreprises ont laissé aux mains de leurs actionnaires.

EQM : D'où vient ce renversement de valeur qui met tant de pression sur les entreprises ?
R.T.
: D'un monde où nous voyons tout à court terme. L'artisan d'avant recevait son commerce de son père et le consolidait pour ses petits-enfants, en le gardant à taille humaine. Ce qu'on demande aujourd'hui aux dirigeants, ce n'est pas de se soucier de l'avenir de l'entreprise mais de la valeur de l'action dans trois ou six mois. C'est vrai que les actionnaires nous permettent de réaliser des projets en nous fournissant des moyens financiers. Mais il faut aussi tenir compte des équipes qui cherchent à réaliser des rêves à travers une entreprise.
C'est peut-être précisément parce que je me serais soucié des actionnaires et de la valeur des actions que je vais réaliser moins de profit à court terme, mais que dans le même temps je vais investir davantage dans les équipes ou l'élaboration de produits. Bâtir une entreprise exige une vision, des intuitions et du travail. Développer des ventes, investir dans de nouvelles filiales, c'est du long terme. Il faut du temps pour que de nouvelles personnes apprennent leur métier, deviennent performantes, créent des liens de confiance avec de nouveaux clients, etc. Un patron peut faire cela s'il ne vit pas sous la menace permanente de se faire virer parce que les actionnaires vendent trop d'actions. [...] ©EQm

Pour information :
esseleadership@videotron.ca ou (418) 264-0478.

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©EQm
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©Rémi Tremblay
Rémi Tremblay
 
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