26-09-2017
 
 
SOMMAIRE

UN HOMME SAIN (EXTRAIT)

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Que ton aliment soit ton remède et que ton remède soit ton aliment : la sagesse d'Hippocrate, le père de la médecine, m'a sauvé la vie.

Auteur et écrivain réputé, ancien recteur de l'Université nationale du Bénin et ancien ministre dans son pays, Jean Pliya a eu et continue d'avoir une vie bien remplie. À près de 75 ans, il poursuit des tournées de conférences aux quatre coins du monde. Tout a pourtant failli cesser pour lui à 36 ans : l'arthrose dégénérative rongeait son corps, faisant de ce père de sept enfants un homme en sursis. La découverte de traitements par les plantes l'a sauvé.

Un jour, un roi mène un sondage pour savoir quel est le métier le plus pratiqué dans son pays. Les gens vont et disent : « Qu'est-ce que tu fais, toi ? Qu'est-ce que tu fais, toi ? » Et le roi découvre que c'est la médecine. Car n'importe qui, à qui tu dis « j'ai mal à la tête », a une recette à te proposer. « Pour les maux de dents, mon oncle m'a conseillé telle plante, et pour les maux de ventre telle autre... » L'homme est toujours en recherche d'un remède car nous rêvons tous de rester en bonne santé.

Chez nous, tout petit Africain qui a reçu une éducation traditionnelle au village sait encore se débrouiller avec ce qu'il trouve dans son environnement. À vrai dire, au début de la vie, on ne pense pas vraiment à la santé. Les parents le font à notre place. Je me souviens des recommandations de maman, des tantes, des femmes de la maison. « As-tu pris tes cachets ? Et ta tisane ? » Un bol chaque matin. C'était des boissons amères : on ne sait pas ce qu'il y avait dedans, on n'en a retenu que le goût !

Un soir, vers 10 ou 11 ans, j'ai été mordu par un serpent. Je me souviens de l'affolement de mon papa, comment il m'a pris dans ses bras. On m'a fait une injection. La cicatrice est là qui me rappelle ce souvenir : mon père a fait tout ce qu'il peut pour me maintenir en vie.

Dans notre culture, on se demande souvent : pourquoi les maladies ? Quand j'étais jeune, je n'imaginais pas que je pouvais être responsable de ma santé. La maladie me tombait dessus, je ne savais comment. Moi, j'avais la sinusite. De temps en temps, des maux de gorge. Ma tante en avait aussi. Et mon papa. On m'a dit : c'est héréditaire. Tout de même, je ne suis pas content que mon père m'ait donné ce cadeau – la sinusite - en héritage. Mais que voulez-vous ? Je ne peux pas dire aussi : je ne suis pas content de la tête qu'il m'a donnée. C'est une fatalité.

Certaines maladies nous viennent donc par hérédité. Mais l'homme ne se résigne jamais : quand les médicaments échouent, le médecin te dit : « Hum,... cette maladie-là, c'est la maladie des Noirs ». Qu'est-ce que c'est ? C'est la maladie provoquée contre toi par la malveillance des gens, la sorcellerie. On te jalouse. « Tu ne vas pas me dépasser, ton fils est allé à l'école, il a de l'argent ? Eh bien ! on va voir... » La maladie, on peut donc l'avoir par hérédité, par imprudence très certainement, mais aussi par la malveillance. On sait cela dans nos milieux africains.

Après mes études en Europe comme géographe, les ennuis de santé ont commencé à se multiplier. J'allais me marier. Or la semaine du mariage, on me transporte à l'hôpital : une inflammation de la vésicule biliaire. J'ai dit : « Qui m'en veut ? Qui m'a envoyé cet ennemi ? » C'est notre mentalité.

Un de mes camarades me recommande un guérisseur traditionnel. Tous les pays ont les leurs. En Afrique, on les appelle des tradipraticiens. Je rencontre un homme formidable, féru de phytothérapie et de moyens naturels pour guérir. Je l'adopte, pas seulement pour moi... Vous savez, dès qu'on a une recette, on veut la partager, c'est le métier le plus répandu ! Vite, tout le village sait tout. Qu'est-ce qui t'est arrivé  ? Comment le « tradi » t'a guéri ? Comme j'avais une voiture, c'est moi qui le conduisais au marché pour acheter les ingrédients de santé. Je le voyais choisir des plantes, des racines, des huiles.

Quand tout cela vous arrive la semaine de votre mariage, vous vous dites : « Attention, il faut prendre le bon départ dans la vie. » C'est pourquoi je n'oublie pas cet homme. Je découvrais un être simple, qui plonge dans deux mondes : celui des esprits qui donnent des conseils, et celui des connaissances traditionnelles. Nous entrons dans le monde des recettes reçues par initiation. On est à la frontière du guérisseur et du féticheur. Cet homme arrachait les gens aux sorciers. Un homme de bien.

Bénin, France : je voyage encore pour mes études. Entre-temps, nous commençons à avoir des enfants. Progressivement mes maladies de fond s'installent : l'inévitable sinusite, puis la goutte qui apparaît brusquement. Je ne bois pas de vin mais quand j'étais collégien, je ne tolérais pas le poisson. Alors, je me bourrais de viande. Je pensais que j'avais un régime équilibré. Mais tout est lié à la capacité de notre corps de « labourer » les substances. Or la viande a un effet dévastateur : pro-blèmes de dents, accumulation d'acides uriques.

La radiographie montre que j'ai non seulement la goutte, mais de l'arthrose, une maladie de dégénérescence. Vieillissement précoce  ! Me dire ça à 36 ans ! C'est un peu trop tôt ! J'avais déjà quatre ou cinq enfants. Il fallait durer. Faire de vieux os. [...]

Handicapé, bloqué, frigorifié, j'ai dit : « Seigneur, si vraiment tu as besoin de moi sur cette Terre, montre-moi. » Puis je suis parti à l'école où j'enseignais. Le soir, en attendant l'autobus, je me tiens devant la vitrine d'un magasin de diététique - je ne savais pas ce que c'était. Je rentre consulter le tourniquet des livres. Espoir pour les arthritiques et les rhumatisants. Je prends la petite brochure bleue, d'un certain Raymond Dextreit. Je la dévore dans l'autobus. En rentrant à la maison, je dis à ma femme : « Regarde, j'ai trouvé une méthode simple pour retrouver la santé sans aller à la pharmacie. »

Ma femme, c'est le second mouvement. C'est pour ça que Dieu l'a mise à côté de moi. Si on suit mon enthousiasme, on va vite se casser la figure. « D'accord, dit-elle, mais qu'est-ce que ça implique ? » « Ah ! Il faut manger autrement ». Ma femme : « Quoi ? je ne fais pas bien la cuisine ? » Je dis : « Ce n'est pas la question. Mais, maintenant, plus de viande. Il ne faut plus faire frire les huiles. Et attention pour ceci, pour cela... » La méthode nécessite tout de même l'élimination de certaines choses. Se méfier du beurre, du café, des sucres qui acidifient le corps. « Paix aux hommes de bonne volonté », dit l'Évangile. Heureusement, de la bonne volonté, j'en ai à revendre. Je démarre. Ma femme et mes enfants, unanimes, ne veulent pas suivre ce régime.

Je commence donc, en attendant le rendez-vous avec un rhumatologue : dans trois mois car il est très occupé – et tant pis si mes douleurs continuent sans répit ! Le matin, des fruits, des tisanes et quelques céréales. Ni café, ni thé, aucun excitant. À midi, des fruits en apéritif, puis des crudités et des légumes sans cuisson excessive. Puis, enfin, les autres plats : les protéines viennent des poissons ; des laitages, mais pas du lait car ce n'est pas très digeste pour un adulte. Plus de sucrerie. Le miel remplace mon sucre. Je mets la pharmacie en veilleuse - une économie énorme. Et quand ça ne va pas, des tisanes.

Au bout de trois mois, je vais voir le médecin. Il examine les radiographies que je lui apporte. Le médecin me tape le genou et le coude avec une tige caoutchoutée. « Ce n'est pas possible que ça soit votre radiographie », dit-il. Il en refait une autre : les becs de perroquet ont diminué de deux tiers. « Et vous êtes venu d'Afrique pour ça ? » [...]

Voilà comment, en définitive, j'ai acquis une nouvelle santé grâce à une méthode naturelle. La santé qu'on a, il faut savoir la gérer avec sagesse. Quand j'ai découvert cette voie, j'ai creusé davantage. Je me suis formé, j'ai constitué une bibliothèque sur les moyens naturels de guérison. À l'université, j'ai enrichi la dimension diététique avec la recherche sur les plantes de mon milieu africain. J'enseignais comment se guérir avec les fruits, avec les légumes, avec les plantes. Dans la panoplie des soins vont entrer des choses aussi simples que le miel ou l'argile. Il y en a partout et c'est une merveille, que ce soit pour soigner les ulcères ou nettoyer le corps, ou combattre les infections. [...]

Et c'est ainsi que je suis devenu un guérisseur. Je joue d'abord sur le registre des légumes et des fruits, parce qu'il ne sert à rien de conseiller des plantes rares que personne ne peut trouver. Ce qui est important, c'est l'accessibilité des produits, que même les plus pauvres peuvent trouver. Tous les peuples ont leurs propres aliments mais les bases sont pareilles : une céréale, des haricots, des viandes ou des poissons, puis des légumes. Les fruits aussi sont de véritables remèdes, le citron par exemple !

Les gens ne savent pas manger. Or c'est le régime qui peut guérir les corps. Ce que je dis là n'est pas neuf : c'est la sagesse même d'Hippocrate, le père de la médecine : « Que ton aliment soit ton remède et que ton remède soit ton aliment », disait-il, en prescrivant sa fameuse soupe, un mélange de choux, d'oignons, de poireaux, de choses qui maintiennent en bonne santé. [...] ©EQm

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Jean Pliya.
P.P. ©EQm
Village au Bénin.
P.P. ©EQm
 
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