26-09-2017
 
 
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À DEUX PAS DE LA PORTE (EXTRAIT)

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Les pays du Sud regorgent de plantes médicinales. Comment favoriser l'émergence de médicaments traditionnels améliorés, fabriqués sur place ?

Les plantes médicinales entrent aujourd'hui dans la composition d'un grand nombre de produits pharmaceutiques. Bien avant d'être utilisées pour la fabrication des médicaments, elles ont permis à tous les peuples du monde de se soigner ou de se maintenir en santé. Elles continuent d'être au cœur de la médecine dite traditionnelle, avec laquelle des milliards d'êtres humains traitent des affections primaires ou des maladies plus graves.

L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) estime que dans les pays du Sud, 80% des gens recourent à la médecine traditionnelle. En Afrique, la proportion est encore plus importante. En Ouganda par exemple, un pays de 22 millions d'habitants, on compte un guérisseur pour 200 à 400 personnes, contre un médecin pour 20 000 habitants !

Chercheur au Museum d'Histoire naturelle à Paris, Professeur à l'université de Pharmacie de Poitiers, en France, Jean Louis Pousset a enseigné la pharmacognosie, autrement dit l'étude des médicaments d'origine naturelle, en France ainsi qu'à la faculté de Pharmacie de l'université de Dakar au Sénégal. De 1978 à 1986, il a aidé à former la première génération de médecins et de pharmaciens africains de la zone francophone dans la connaissance des plantes de leur continent, une étude qui n'était pas au programme à son arrivée.

En Quête : L'OMS reconnaît aujourd'hui que la médecine traditionnelle peut largement contribuer à la santé des populations, et plus encore là où le système de santé est précaire. Qu'en pensez-vous ?
J.-L. Pousset
 : La phytothérapie est un moyen extraordinaire pour permettre au plus grand nombre, même aux plus pauvres, de se maintenir en bonne santé. Tous les peuples ont cherché ce que les plantes, les arbres, les espèces végétales présentes dans leur milieu pouvaient offrir pour se soigner. Dans de nombreux cas, ces connaissances nées d'une longue pratique transmise de générations en générations offrent une alternative aux médicaments, moins chère et plus facilement accessible.

EQM : Avec autant d'efficacité ?
J.-L. P.
 : Il faut évidemment vérifier l'efficacité des remèdes traditionnels avant de les utiliser ou de les faire connaître. Mais dans bien des cas, les tradipraticiens que j'ai rencontrés en Afrique et plus encore les mères de familles connaissent leur milieu. Il suffit de bien les écouter pour se faire indiquer telle plante qui soigne telle affection et plusieurs fois, ils ont guidé le début de mes recherches.
On pourrait remplacer des médicaments coûteux qu'il faut importer, par ce que nous appelons des médicaments traditionnels améliorés (MTA) : des préparations à base de plantes que des pharmaciens peuvent présenter de manière moderne.

EQM : De faux médicaments ?
J.-L. P.
 : Non, de vraies préparations réa-lisées par un professionnel de la santé, qui connaît les principes actifs des substances et peut vérifier leur présence, leur dosage, etc. Au Mali, le professeur Mamadou Koumare a mis ainsi au point sept médicaments traditionnels améliorés qui sont largement utilisés à travers le pays. Au Nigéria, le professeurAbayami Sofowora a trouvé une plante, Fagara xanthoxyloïdes, qui agit réellement contre la drépanocytose, une maladie génétique de la race noire. Aussi répandue que la trisomie 21 l'est chez nous, cette affection déforme les globules rouges, provoque des crises d'anémie, des douleurs aiguës, et la mort des enfants lourdement atteints.
Avec mon équipe à Dakar, nous avons élaboré un sirop antitussif à partir des informations délivrées par des tradipraticiens et des mères de familles. La plante, Guiera sénégalensis, est utilisée par un grand nombre de personnes pour soigner la bronchite. Les recherches en laboratoire ont révélé qu'elle contient des tanins galliques qui luttent contre l'obstruction des bronches. Nous avons travaillé avec une petite entreprise pharmaceutique sénégalaise car nous n'étions pas équipés pour fabriquer ce sirop de manière industrielle. C'était une décoction filtrée à laquelle on ajoutait du sucre à froid et un conservateur.
Nous avons mené des tests cliniques avec des enfants de six mois à trois ans atteints de coqueluche, de rougeole… Le premier soir, ils toussaient à fendre l'âme... Le lendemain à la même heure, après l'absorption du sirop... Ils dormaient tous à poings fermés ! Nous avons produit 2 000 bouteilles avec une belle étiquette, écrit un long article dans Le Soleil de Dakar pour informer les gens du lancement de ce sirop bon marché. Mais Rhône Poulenc a menacé de fermer ses installations au Sénégal si ce médicament traditionnel amélioré était mis en vente !

EQM : Comment l'industrie pharmaceutique juge-t-elle, selon vous, l'émergence de ces MTA ?
J.-L. P.
 : Les MTA produits localement à partir d'une plante indigène coûtent beaucoup moins cher. Un MTA pourrait remplacer des médicaments au prix élevé; cela irrite les multinationales de la santé.
Prenez le cas des laxatifs. Les cassias (nom latin du séné) poussent partout en Afrique et en Inde. Il suffirait de faire de la tisane avec les feuilles de l'arbre qui pousse en face de chez soi pour se soi-gner. Au lieu de quoi, on incite beaucoup d'Africains à utiliser des produits comme la Tamarine, une confiture composée de Tamarin et de séné, produite en Europe, et vendue cher, en gros pots, en Afrique. [...]

EQM : Sur quelles plantes ou quelles affections travaillez-vous plus spécifiquement ces années-ci ?
J.-L. P.
 : Actuellement, j'ai deux grands sujets de recherche : la drépanocytose, ce fléau africain dont nous avons déjà parlé, et le noma, une maladie qui commence comme une gingivite et dévore ensuite le visage avec des plaies et des déformations irréversibles. Cette infection ne se développe que chez les personnes dont le régime alimentaire est carencé en vitamines et protéines. Les recherches montrent qu'il suffirait d'ajouter l'apport nutritionnel du ndolé (une forme de haricot utilisé dans le passé) au « To », la boule de mil traditionnelle, pour éviter la maladie. Le ndolé est la fève du Vernonia amygdalina, un arbre qui a été massivement brûlé au Burkina Faso en particulier, pour développer la culture du coton.
Des ONG envoient des chirurgiens à grands frais pour opérer et réparer les dégâts énormes que provoque le noma. Et à la place de cette nourriture providentielle et locale, d'autres organisations distribuent des extraits de luzerne, avec le soutien de France Luzerne qui trouve ainsi des débouchés dans d'autres pays. Ils distribuent cette luzerne en poudre, dans des sachets en plastique, au Niger ou ailleurs... C'est ridicule puisqu'il existe des plantes locales à protéines, en Afrique même, qui poussent très bien. C'est leur production et leur connaissance qu'il faut encourager, pas seulement les nôtres ! Le miracle Tree de l'Inde, par exemple : sa graine pilée sert à purifier les eaux souillées, sa feuille est un concentré de vitamines et de protéines. L'arbre ne demande que de l'eau dans sa première année, l'idéal pour les pays du Sahel. ©EQm

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P. & J.-B. P.©EQm
Jean-Louis Pousset.
P. & J.-B. P.©EQm
Moringa oleifera,
le miracle Tree de l'Inde.
P. & J.-B. P.©EQm
 
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