26-09-2017
 
 
SOMMAIRE

LA FORCE DES MOYENS SIMPLES

Il suffit de peu pour offrir des soins de santé, même aux plus pauvres.

Une simple planche de bois pour coucher les patients, deux tabourets et une petite table : c'est avec une infrastructure minimale que les infirmiers du centre de santé de Mbamyanga ont assuré les soins de santé de près de 12 000 habitants durant une quinzaine d'années.

Mbamyanga est un quartier en périphérie de Ngaoundéré, une ville de 100 000 habitants située dans la zone méridionale du Nord-Cameroun, une région caractérisée par l'élevage extensif de bovins et les cultures vivrières (maïs, mil, manioc, ignames, etc.). N'gaoundéré est une ville carrefour où cohabitent en égale proportion animistes, musulmans et chrétiens. Elle compte un important centre ferroviaire par lequel transite le coton venant du Nord du Cameroun et du Tchad. À Ngaoundéré, la route goudronnée cède la place à la voie ferrée qui descend vers Yaoundé et Douala et aux pistes en terre rouge labourées par les pluies, en direction de l'Ouest (région Bamiléké) et de l'Est (Région G'baya et République Centrafricaine). La région de N'gaoundéré compte le taux le plus important de séropo-sitivité pour le virus du sida au Cameroun (17 %) ; la ville est le point de rencontre d'une foule de camionneurs, de manœuvres, de commerçants, de voyageurs.

C'est dans cette petite cité du Cameroun, typiquement africaine, que mon épouse et moi avons décidé d'ouvrir une maison de la Communauté du Pain de Vie, en décembre 1989. Nous sommes partis avec nos quatre enfants en bas-âge. Très vite, en lien avec le Ministère de la Santé Publique Camerounais, j'ai ouvert un poste de santé car les gens de notre quartier ne disposaient d'aucune structure de santé de base. Pour les maladies et accidents graves, la chirurgie lourde, il y avait bien deux hôpitaux dans la ville, mais il manquait à cette époque de structures de santé de proximité dans les quartiers, pour la prise en charge des maladies courantes (paludisme, infections respiratoires, diarrhées, ...), le suivi des enfants et la vaccination, l'hygiène et le travail de prévention, en bref tout ce qui constitue les soins de santé primaires. Le Ministère de la Santé nous a confié dès les débuts une « aire de santé » mi-rurale mi-urbaine, intégrée à son système médical réparti sur l'ensemble du Cameroun.

D'emblée, nous avons opté pour une « case de santé », créée avec des moyens simples, sans investissements financiers énormes, et qui puisse rapidement être prise en main par les Camerounais eux-mêmes. Car nous avions la conviction qu'il n'est pas nécessaire de mettre de gros moyens en œuvre pour démarrer un projet de développement durable. Conviction aussi que des projets conçus à peu de frais sont plus faciles à reproduire en d'autres lieux – et effectivement, un centre de santé du même style s'ouvre actuellement en République Centrafricaine.

Nous avons donc emprunté 1500 € (2250 $CAN) puis loué une petite maison en terre de deux pièces, à un habitant musulman du quartier : une dalle de ciment au sol, un peu de crépis et de peinture au mur, un minimum de mobilier, une pharmacie de base. Deux personnes pour commencer : Yves le médecin et Agathe, une auxiliaire sanitaire camerounaise qui s'est formée par la suite comme aide-soignante.

L.F. ©EQm

Le premier jour, onze patients se présentent à la consultation. Ce nombre ne cesse d'augmenter, jusqu'à une centaine par jour. Certains patients arrivent dès quatre heures du matin, voire la veille quand ils viennent d'autres quartiers ou des villages avoisinants. Chaque matin, la vie reprend devant la porte du dispensaire. Quelques enfants vendent plantains et beignets tandis que les patients attendent en conversant sur quelques bancs ; après la consultation, le malade passe par la salle de médicaments où il reçoit le contenu de sa prescription, si le dispensaire en dispose.

Rapidement la confiance s'instaure entre le poste de santé et les habitants du quartier : les voisins nous aident dans l'apprentissage de la langue locale (le peul ou foulfouldé) et l'approche culturelle de certaines maladies. Les patients quant à eux apprécient la qualité des soins et l'accessibilité financière aux prestations fournies.

Pendant quatre ans, deux jeunes médecins coopérants français m'aident pour les consultations quotidiennes. Mais dès 1995, nous recrutons des infirmiers came-rounais. Ceux-ci disposent, en fait, d'une formation médicale très poussée : ils sont formés pour interroger et examiner les malades, poser un diagnostic, prescrire certaines classes de médicaments, réaliser des accouchements et même effectuer des actes chirurgicaux de base.

En 1997, nous revenons en France en famille et nous confions le centre à notre équipe de collaborateurs camerounais, tout en suivant de près le développement du projet. La transmission est une réussite parce que nous avons été, dès le début, très attentifs à la sélection du personnel, choisi pour son honnêteté, ses compétences et l'esprit de travail. Dix personnes travaillent actuellement au centre, dont trois infirmiers, un laborantin, deux aide-soignants et des auxiliaires sanitaires, soit quatre femmes dont Gisèle l'infirmière responsable et coordinatrice du centre, et six hommes.

Au fil des années, les locaux s'avèrent trop exigus: nous devons envisager l'ajout d'un deuxième bureau de consultation ainsi que d'un petit laboratoire. En l'an 2000, nous achetons un terrain proche du centre de santé et déposons un dossier auprès de la Mission Française de Coopération à Yaoundé pour le financement d'un bâtiment d'une douzaine de pièces. La qualité du travail du centre de santé a été reconnue par les autorités françaises qui décident de financer 70 % du projet. L'inauguration est prévue en décembre 2004.

Depuis ses débuts, le centre est auto-financé à 85 % par la participation financière des patients et à 10 % par une entraide financière internationale ; le reste vient de l'aide de Camerounais et de missionnaires locaux.

Nous veillons rigoureusement sur la priorité à accorder aux plus pauvres pour l'accès aux soins de santé. L'absence d'assurance maladie et de sécurité sociale dans la plupart des pays africains, ainsi que le budget limité des patients, entraînent une réflexion quotidienne sur la gestion économique des soins de santé. Une réflexion qualité-coût des médicaments et autres prestations pour que les soins soient de qualité et accessibles à la population.

Dans le centre de Mbamyanga, nous avons aussi mis en place une caisse d'entraide pour assurer les soins des malades les plus pauvres. Entraide locale et internationale : depuis quinze ans, par exemple, une brocante-friperie à Lisieux (France), tenue par des « routards » ou des SDF hébergés dans notre communauté, soutient concrètement le paiement des ordonnances des patients les plus démunis. Un pauvre aide ainsi un pauvre.

Avec le temps, le centre de santé a adopté une charte de travail, que chaque membre de l'équipe doit ratifier et respecter dans sa pratique quotidienne.

Cette charte repose sur quatre exigences professionnelles : la compétence, l'honnêteté, l'accueil attentif et chaleureux envers chaque patient, le souci des personnes qui n'auraient pas accès à notre structure pour des raisons financières.

La compétence : cette qualité est indispensable dans un pays pauvre car on dispose de moins d'examens complémentaires pour parvenir au diagnostic et le budget limité des patients ne nous autorise pas à prescrire des traitements inefficaces.

L'honnêteté de chacun est essentielle pour la pérennité financière de l'entreprise, une gageure en Afrique. Un préalable est de rétribuer les employés par des salaires aussi corrects que possible afin qu'ils ne soient pas tentés de chercher ailleurs ce que ne leur apporterait pas une trop faible rémunération. Ensuite responsabiliser toute l'équipe ; transparence de la gestion, comité de gestion, ... Faire prendre conscience à chaque employé que le centre de santé est son outil de travail qu'il doit promouvoir et respecter !

L'accueil chaleureux des patients est aussi essentiel : car notre mission unique est de réconforter le patient, non seulement par notre assistance technique médicale et des prestations financièrement accessibles à tous mais aussi par la qualité de relation avec chacun.

Enfin, la question sociale : que les pauvres ne soient pas exclus des soins, si démunis soient-ils. ©EQm

©EQm
Un aperçu en pdf
L.F. ©EQm
©Y. Garçon
Dans la salle
des médicaments.
 
 
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