26-09-2017
 
SOMMAIRE

UNE MAISON POUR LES MAÇONS

À l'université la semaine, au chantier le week-end. Pour construire la maison des pauvres.

La maison de Mirta, dans le quartier de San Pablo, en banlieue de Buenos Aires la capitale argentine, menaçait de s'écrouler sur sa famille. Malgré leur jeune âge, des étudiants de milieux aisés ont décidé de l'aider, en venant chaque samedi construire sa nouvelle demeure.

C'est ainsi que Mathias, Fernando et Nico, trois jeunes associés à la Communauté des Missionnaires du Christ Ressuscité, ont lancé Plan-Techos, une association à travers laquelle ces jeunes universitaires viennent travailler avec des personnes des quartiers pauvres.

À 25 ans, Mathias achève des études en administration d'entreprises à l'Université de Buenos Aires (UBA). Il vient de se marier. « Participer à un projet comme celui-ci est spectaculaire », dit-il pour exprimer sa joie de voir qu'en trois ans, lui et ses amis ont déjà construit 22 maisons. Fernando, lui, a seulement 20 ans. Il est fiancé et poursuit des études d'économie à la UBA. Puis il y a Nicolas, alias Nico, le frère de Mathias, qui vit à San Pablo avec un de ses amis, Alexandro, dans une maison de briques brutes qu'ils ont faite de leurs mains, sur le même modèle que les maisons construites par Plan-Techos. Nico se réjouit de pouvoir vivre ainsi, avec et comme les gens de ce quartier pauvre.

À cette jeune équipe, s'est ajouté Francisco, qui leur apporte son savoir-faire de maçon. À 45 ans, sans emploi, l'homme a trouvé un sens à sa vie. Il suit les groupes de constructeurs qu'il forme et conseille. « Le travail est dur, confie-t-il, mais quand on termine une maison, la satisfaction est énorme. »

Trois autres jeunes ont rejoint l'équipe : Gonzalo, Santiago, et Ignatio, 21 ans en moyenne ; ils s'occupent du bulletin de liaison, de la fabrique de parpaings et de l'organisation des groupes de travail. Ignatio résume ainsi leur expérience : « Mes études d'ingénieur agronome me laissent peu de temps libre mais chaque seconde que j'ai, je la dédie à ce travail. »

Lorsqu'ils ont mené leur premier chantier, les jeunes ont pu mesurer qu'il fallait mieux s'organiser pour aider les habitants de ce quartier défavorisé où un grand nombre de familles vivent dans des cabanes de bois et de tôle souvent humides.

C'est ainsi qu'est née l'idée de regrouper quatre familles, avec un chef de famille sans emploi disposé à travailler sur le chantier des quatre maisons. À ce groupe, on ajoute une femme seule ou une veuve qui a des enfants à charge et ne peut pour ainsi dire pas intervenir sur le chantier. Les familles que Plan-Techos soutient sont ainsi amenées à aider, elles aussi, plus pauvre que soi.

C'est ce qui est arrivé à Élizabeth, une mère handicapée qui vit avec ses deux filles Natalia et Brenda. Intégrée dans le deuxième groupe que Plan-Techos a mis sur pied en 2003, elle a emménagé dans sa maison cette année. Elle a pu compter sur l'appui de trois familles : Miguel Angel, un maçon sans emploi, et son épouse Marcella, qui ont six enfants et vivent dans une seule pièce de matériaux de récupération, avec le toit percé qui risque de tomber; Domingo, 24 ans, et son épouse Betty, qui habitent avec leurs deux enfants Nicolas et Lucas dans la maison du père de Betty. Mingo est tapissier et maçon. « Nous sommes vraiment très contents de pouvoir accomplir le rêve d'avoir notre maison », dit-il. Enfin, Gustavo et Soledad, qui ont donné naissance à Lourdes, une petite fille. Depuis, ils cherchent un endroit où vivre tous les trois. Lui aussi est maçon-il ne suffit pas de savoir manier la truelle pour avoir sa maison, encore faut-il avoir de quoi la payer ! Plan-Techos donne donc une impulsion à ces familles pour vivre mieux dans un habitat décent.

Le groupe de jeunes veut bien « faire avec » mais pas « à la place ». L'association a décidé, à l'usage, d’attribuer un prix fixe pour chaque intervention dans un nouveau projet : 1 200 pesos (550 $/ 330 €). Cette somme correspond soit à la construction d'une pièce de 4  x3 mètres de briques ou de parpaings, avec un toit de tôles, soit à l'amélioration d'une maison existante, en y ajoutant des sanitaires par exemple.

La liste des demandes est devenue si longue qu'il a fallu définir des critères pour opérer un choix : le nombre d'enfants à charge, les risques encourus par la famille, etc. C'est ainsi qu'une famille avec un enfant gravement atteint d'un cancer a été favorisée, parce que l'enfant avait besoin d'un environnement avec le moins d'humidité possible.

Techniquement aussi, Plan-Techos a évolué. Les jeunes montrent avec fierté la bloquera, la fabrique de blocs de ciment qu'ils ont lancée. Jeunes animateurs et bénéficiaires y travaillent ensemble tous les samedis.

Alexandro a aussi inventé un système de tuile plastique en recyclant des tubes PVC qui servent à enrouler les garnitures caoutchouc des pare-brise.

Confrontées à la détermination de ces jeunes qui payent de leur personne pour que des plus pauvres accèdent à un habitat digne, plusieurs entreprises de bâtiment donnent désormais des matériaux. Des bienfaiteurs se sont aussi engagés à verser une aide mensuelle. Car dans l'Argentine à l'économie si fragile, le témoignage de ces jeunes montre que l'homme est capable de faire progresser son environnement avec les plus pauvres, quand il s'y met. ©EQm

Pour information : plantechos@yahoo.com.ar

P.P. ©EQm
Elizabeth et ses deux filles
devant leur nouvelle maison
en briques.
P.P. ©EQm
 
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