24-11-2017
 
 
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LES MAL-AIMÉS (EXTRAIT)

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La rue est un monde. À Rio comme à Montréal, elle est rarement un choix, constate la psychiatre brésilienne Ligia Costa Leite.

C'est l'heure de midi sur la rue Sainte-Catherine, l'artère principale de Montréal. Une jeune de 16 ans, assise par terre, tend la main en me disant : « Bonjour, un peu de change ? ». Peau blanche, cheveux bruns coupés court, avec une mèche longue et colorée, son visage est très serein. Elle porte des vêtements de style punk. La scène m'intrigue, mais je poursuis mon chemin.

Plus loin, je rencontre un groupe de 15 jeunes, semblables dans leurs habits punks, couchés sur le gazon. Ceux-là, c'est clair, consomment de la drogue. Au Brésil, nous les appellerions des enfants de la rue. Ici à Montréal, on les appelle des itinérants.

Les passants sont plus dérangés par leur aspect que par leurs actes d'infractions. Au contraire du Brésil, ces jeunes Montréalais ne sont pas violents. Mais pourquoi restent-ils dans les rues, parfois même par -20 ou -30 °C ?

Ce ne sont pas des défavorisés sociaux, comme le sont les enfants de la rue du Brésil, mais des défavorisés affectifs. Des données officielles révèlent qu'entre 1996 et 1998, sur 517 jeunes itinérants de Montréal, 58 % provenaient de familles aisées et 72 % étaient financièrement aidés par leur famille.

Quarante pourcent d'entre eux ont essayé de se suicider. 20 % d'autres ont fait une overdose. Sur ces 517 jeunes, 31 sont décédés (6 %).

Les jeunes qui aboutissent dans les rues de la métropole canadienne ne fuient pas la misère. Leurs cheveux et leurs vêtements sont autant de signes d'une « esthétique » de l'itinérance, une manière de signifier leur contestation face au système.

Les spécialistes avancent plusieurs hypothèses pour expliquer leur itinérance. [...]

Dans la rue, ces jeunes trouvent des personnes qui les écoutent et assume un rôle « maternel » - notamment les intervenants sociaux. D'autres, sans le savoir, jouent le rôle de l'autorité, du père absent : les policiers, les commerçants, tous ceux que les jeunes associent à la « loi ».

En observant ces jeunes montréalais, je ne peux m'empêcher de comparer leur vie à celle des enfants du Brésil. Je pense à August. Je pense aussi à Sergio ou Sandro, on ne sait pas exactement son nom, un jeune homme qui a trouvé la mort dans l'autobus 174 à Rio de Janeiro, le 12 juin 2000. Survivant de tant de batailles, son rendez-vous avec la mort a été transmis en direct à la télévision.

Pour les jeunes de la rue, qu'ils vivent au Brésil ou au Canada, la mort est d'ailleurs un destin prévisible. Mais il y a de grandes différences : on peut se demander s'il n'existe pas, parmi les jeunes en Occident, un désir latent de mourir, plus fort que le choix de la vie. Car ces jeunes peuvent compter sur une aide du gouvernement, l'école, l'accès à des soins de santé, etc..

À l'inverse, à Rio, la vie est le seul bien des enfants des rues. Ils s'attachent à elle de toutes leurs forces. Un combat solitaire et constant, le signe d'une grande créativité. Voilà pourquoi je défends la thèse que ces enfants du Brésil sont des « invincibles culturels ». D'un côté, ils n'ont pas été vaincus par la société, qui n'a pas réussi à les encadrer dans le modèle de la « citoyenneté conformiste «. De l'autre, ils n'ont pas convaincu la société de les accepter avec leurs caractéristiques culturelles propres. Le résultat donne lieu à une lutte urbaine où les enfants utilisent toutes leurs forces pour survivre, sans grande chance de réussite comme le démontrent les statistiques de Rio. [...] ©EQm

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À lire aussi dans En Quête :
AUGUST EST NÉ CE JOUR-LÀ : La victoire d'un jeune de Rio sur la rue et un passé sans parents.

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Montréal
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Ligia Costa Leite, Professeure et responsable de recherche à l'Institut de psychiatrie de l'Université Fédérale de Rio de Janeiro (UFRJ), Ligia Costa Leite travaille depuis plus de vingt ans avec les jeunes de la rue. Soutenue dans son travail par l'Organisation mondiale pour la santé, elle a publié plusieurs ouvrages dont Les enfants des rues du Brésil, XVI-XX siècles, l'Harmattan, 2003. Au Centre d'Attention Psychosociale pour Enfants et Adolescents de l'Institut de Psychiatrie de l'Université Fédérale de Rio, elle coordonne le projet Adolescents : santé mentale et culture. Elle poursuit également des travaux de recherche post-doctorale au Département de Communication de l'Université de Montréal.

 
 
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