26-09-2017
 
 
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UNE FÊTE POUR L'ÂME (EXTRAIT)

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Les églises du Québec se vident. Dix ans après sa construction, celle de l'abbaye de Saint-Benoît-du-Lac est pleine à craquer. Telle une oasis.

Il fallait un peu d'audace et beaucoup de foi pour décider, il y a une quinzaine d'années, de construire une nouvelle église au Québec. Mais comment faire autrement quand on est moine et qu'on a décidé d'habiter, pour toujours, la « maison de Dieu » ?

Arrivés sur les rives du Lac Memphrémagog, en 1912, les Bénédictins venus de l'abbaye de Saint-Wandrille, en Normandie, ont fondé leur monastère à 150 km de Montréal, dans une région alors reculée. Sous l'impulsion de dom Paul Bellot, ils ont construit le cloître et les espaces de vie commune, un bel ensemble avec ses couleurs chatoyantes, d'inspiration mozarabe. Entre 1955 et 1962, son disciple dom Claude-Marie Côté a bâti l'hôtellerie. Les moines avaient aussi dressé des plans grandioses pour une église, et même coulé les fondations. Mais la Révolution tranquille est arrivée : les églises se sont vidées à grande vitesse. Il fallait marquer une pose.

Bien vite, pourtant, la crypte de 200 places n'a plus suffi à l'heure de la prière. C'est l'abbé actuel, dom Jacques Garneau, qui a remis les moines en marche pour bâtir le coeur de leur monastère. En mars 1989, au terme d'un concours, ils ont ratifié les plans de l'église conçue par l'architecte Dan Hanganu. Puis on a bâti pendant cinq ans, au fur et à mesure que la Providence fournissait les 7,5 millions de dollars nécessaires à l'édifice de 450 places - une myriade de dons anonymes qui ont permis de payer l'église et l'orgue en 4 ans !

« Bâtir une maison pour Dieu... c'est une expérience unique », dit Dan Hanganu. Les yeux de l'architecte d'origine roumaine s'emplissent encore de larmes au souvenir de l'ovation qu'il a reçue lors de la messe inaugurale : incognito dans la foule, en haut du jubé, il a vu tout le monde se tourner vers lui et l'applaudir longuement quand un fidèle l'a reconnu. « Le moment le plus émouvant de ma vie », dit-il. [...]

©J.Coté, O.S.B

« Comment traduire l'indicible pour que les matériaux, les volumes, laissent sentir la présence de Dieu ? Il y a un vocabulaire du bâtiment à inventer. C'est un geste trop spirituel pour ne pas rester humble », dit Dan Hanganu, qui a trouvé une clef pour unir le ciel et la pierre : « J'ai utilisé la lumière comme matière de construction », dit-il.

Moderne mais déjà sans âge, l'église traduit la tension, l'équilibre, l'échange, entre le monde et le ciel. Massive, avec ses grosses pierres et la répétition de colonnes de briques et de métal, la bâtisse pèse un poids qui rassure, comme les vieilles églises abbatiales d'Europe. Mais le choeur transfigure la lourdeur du monde. À l'horizontale de la nef répond la force verticale du transept et de son puits de lumière. [...]

Ce qui frappe les visiteurs, c'est la lumière. Un jeu de clair-obscur incessant, des trouées de clarté qui inscrivent l'église dans la course du soleil. Jouant comme dans un cristal, le jour perce de partout le verre transparent, frappant la brique rose des murs ou l'ocre des poutres portantes, à travers une double rangée d'arcs. En jouant avec les volumes, Dan Hanganu a créé des espaces d'ombres qui marquent les zones respectives du public, des moines, du sacré.

L'ensemble est truffé de symboles [...].

Dans notre époque trop encombrée, le dépouillement des lieux ouvre aussi un espace intérieur. On pense aux mots de Lao Tseu : « L'homme construit des objets, mais c'est le vide qui leur donne sens ». [...]

Et puis il y a la qualité du silence. Profond, vivant, recueilli. On est surpris d'entendre soudain le chant grave et léger, qui naît de la pierre, s'élève, s'enroule dans la nef quelques secondes avant d'expirer dans les âmes. Ah ! le son... la grande crainte des moines : confier son devenir aux mains d'un architecte était un petit acte de foi ! [...]

« Leur don est un signe pour nous tous, dans un monde devenu trop peu spirituel mais qui garde la soif de quelque chose de plus profond raquo;, dit Dan Hanganu. Une manière d'inviter les hommes à « chercher Dieu », comme le leur suggérait déjà saint Benoît, il y a quatorze siècles. ©EQm

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©EQm
Un aperçu en pdf
©J.Coté, O.S.B
Abbaye de
Saint-Benoît-du-Lac
©J.Coté, O.S.B
 
 
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