26-09-2017
 
 
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L'ESPACE SACRÉ (EXTRAIT)

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Le plus grand temple de Dieu, c'est le cœur de l'Homme.

De tous temps, les hommes ont consacré des lieux à la mémoire de Dieu ou de leurs dieux. Les peuples primitifs, frappés par la grandeur des sites naturels qui les entouraient, faisaient de leurs montagnes et de leurs rivières le séjour du divin. Les Hébreux ont érigé des stèles, les Gaulois des menhirs pour faire mémoire. Les Incas ont vénéré le soleil au point de lui édifier des lieux sacrés dont nous n'expliquons pas encore la construction monumentale. Les croyants du Livre ont élevé synagogues, églises et mosquées dans presque chaque ville et village de la planète pour que Dieu ait sa demeure parmi les siens. Le Christ, lui, propose cette voie originale de détruire le Temple pour en construire un où l'homme devient le matériau d'une construction unique que Dieu seul peut mener à bien.

Ce temple de la Terre, je l'habite souvent avec les musulmans, les mendiants et les lépreux du village de Koïra-Tegui au Niger, où je vis quelques mois par année. Ensemble, nous tentons de l'embellir en éliminant de la pauvreté ce qui défigure l'homme.

Lors de mon dernier séjour, avec ma famille, j'avais dès notre arrivée préparé un tabernacle dans ma petite case de terre et de paille pour que l'on puisse adorer là le corps de Jésus qui a tant aimé les hommes. Une à une, les familles musulmanes si modestes du voisinage nous ont apporté une part de leur repas, dans la plus belle vaisselle qu'elles avaient. Au pied du tabernacle, l'offrande déposée témoigne bien du fait que Dieu nous a donné un monde où les nourritures de la terre et du ciel, si différentes dans chaque culture, peuvent être partagées dans la paix.

C'est dans des lieux comme ceux-là que je goûte plus particulièrement le sens profond de la vie que j'ai choisi de mener. Avec mes frères et sœurs de la communauté du Pain de vie, nous sommes appelés à être d'abord un « peuple de bénédictions ». Bénir, pour ceux qui ne sont pas habitués à ce mot, signifie profondément « bien dire », prononcer une parole transformante, qui fait renaître à l'amour. Or ce que m'enseigne mon expérience, c'est qu'on ne peut pas être des « bénisseurs », comme ça, d'une parole ou d'une formule lancée en l'air, venant de nulle part. Pour nous, la source de notre bénédiction, c'est Quelqu'un, une Personne qui demeure quelque part, c'est l'habitant de nos maisons, le Christ en son hostie. Nous sommes un peuple de bénédiction à partir d'un lieu, d'une maison, d'une source : un tabernacle. « De la Maison du Seigneur, nous vous bénissons », avons-nous fait inscrire à l'entrée de nos demeures.

Je me rappelle fortement des paroles de bénédiction de ma mère, au retour d'un de mes longs voyages, dans ce champ de bataille de ma jeunesse où beaucoup de mes amis sont morts d'overdose ou de suicide. [...]

Jésus aujourd'hui a caché sa puissance dans le pain eucharistique pour faire de chaque homme un autre lui-même, qu'il puisse nous habiter par l'eucharistie. « Ce n'est plus moi qui vis, c'est Christ qui vit en moi », dit l'apôtre Paul.

Cette présence fait du corps du plus perdu des hommes le temple le plus sacré que le Christ puisse désormais habiter. Oui, Dieu cherche et cherche encore les cœurs de paix où reposer, un peuple saint où habiter à jamais dans la communion avec l'homme. Je me souviens d'un Noël passé à la prison. Un détenu avait pris des hallucinogènes. Il espérait créer le chaos durant la messe, mais le prêtre a su patienter. Sous l'effet de drogues quelques instants auparavant, le jeune prisonnier est alors tombé à genoux au moment de l'élévation, devant le corps du Christ élevé, professant avec un esprit devenu soudainement clair : « Mon Seigneur et mon Dieu ». Cet homme, je l'ai rencontré quelques années plus tard, dans les rues de Paris. Comme une autre Christ, il soulageait la misère des itinérants. En lui, Dieu avait trouvé une demeure d'où porter une parole de bénédiction. ©EQm

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P.P. ©EQm
Au pied du tabernacle,
les offrandes des
voisins musulmans.
©P.Gilbert/Greb
Notre-Dame d'Afrique,
la cathédrale d'Alger.
 
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