24-11-2017
 
 
SOMMAIRE

LE GÉNIE DES MOYENS SIMPLES

Terre, carton, paille : un rien suffit pour construire solide.
 

 

Solides et en carton

Légères, faciles à monter, durables et recyclables. Les structures de carton qu'a mises au point Shigeru Ban sont étonnantes.

Depuis de nombreuses années, l'architecte japonais est passionné des propriétés du carton. La forme cylindrique des tubes offre une grande résistance aux contraintes. Le matériau est accessible partout et, spécialement traité, il peut être à la fois ignifuge et imperméable. Sigheru Ban a conçu des meubles et des structures à la pointe de la recherche en architecture, comme une maison sans murs (!) ou une autre dont les murs extéreurs sont des rideaux ! En l'an 2000, il s'est fait connaître en Europe en réalisant le pavillon du Japon à l'exposition de Hanovre, dont le dôme de 75 m de long et de 15 m de haut - en carton - a marqué les esprits.

En 1995, il a dressé avec son équipe des centaines de cabanes en carton au Rwanda. Une idée si ingénieuse que le Haut-Commissariat aux Réfugiés (HCR) lui a offert un poste de conseiller. Fondateur du Réseau d'architectes volontaires (Voluntary Architects Network, VAN), il a créé la Paper Log House, à la suite du tremblement de terre qui a détruit 200 000 habitations dans la ville de Kobé, au Japon. Une structure très simple pour des familles de quatre personnes : un plancher posé sur des bacs de bouteille de bière en plastique (!) remplis de sable, des murs faits de tubes collés ensemble, un toit avec des bâches de tentes, surélevées en été pour laisser circuler l'air, et refermées pour conserver la chaleur en hiver. En 5 semaines, 160 volontaires ont aussi construit une église « en papier » pour 80 personnes. Un carré de 10 x 15 mètres, avec à l'intérieur un ovale formé de 58 tubes de carton de 5 mètres de haut, recouverts d'un immense chapiteau. (L.F.)
 

©Hiroyuki Hirai
©Hiroyuki Hirai

Une maison de paille

Une maison en ballots de paille fait inévitablement penser à l'histoire des trois petits cochons... Celles construites en Amérique du Nord sont plus solides que la demeure de l'insouciant personnage du conte. À moins d'y entrer, on ne soupçonne pas que les murs sont faits de paille compactée.

« Beaucoup des matériaux utilisés dans les maisons modernes sont malsains », dit Madeleine Sauvé. Avec son époux Jocelyn Simard (voir le texte La voie des écovillages), le couple a choisi la paille pour ses vertus écologiques : c'est un résidu qu'on revalorise, et on en trouve dans toutes les régions auprès des agriculteurs. « La construction elle-même est très peu polluante », souligne Patrick Mailloux, le voisin de Jocelyn Simard, qui a fait le même choix.

L'homme de 33 ans termine tout juste la construction en solo de sa propre demeure, à l'ouest du Québec. Il a d'abord construit une structure en bois, avant de monter ses murs en ballots de paille. Jocelyn Simard a préféré couler une double coque en béton, après avoir coincé la paille entre les deux coffrages, pour éviter que l'humidité n'entre dans la paille. Il explique sa technique dans un livre, La maison en ballots de paille (Éditions de Mortagne). De son côté, une architecte d'Ottawa pousse l'audace en utilisant la paille comme structure. Elle la compresse au maximum, pose le toit, et attend quelques mois que le tout se soit tassé, avant de poser un crépi. Les murs de ces maisons sont évidemment plus épais que la normale, soit l'épaisseur d'un ballot de paille. Mais comme la paille est un merveilleux isolant, c'est parfait pour les hivers québécois ! (C.D.) ©EQm

©Terra Flora
 

HABITER LA TERRE
Délaissées pendant quelques décennies au profit du béton et du parpaing, les maisons en banco (terre) ou en pisé (terre et paille) connaissent un regain d'intérêt dans plusieurs régions de l'Afrique.
C'est que la terre offre de nombreux avantages. Bien assemblées, les briques résistent au temps (qu'on pense à la Citadelle de Bam, en Iran, qui a tenu plus de mille ans avant de s'effondrer en décembre 2003 à la suite d'un tremblement de terre). À l'inverse du béton, la terre conserve aussi une indispensable fraîcheur dans les murs, une vertu bien appréciée dans des régions du monde aux températures arides. Enfin, le prix de ces maisons reste accessible puisqu'elles exploitent une matière que les habitants peuvent se procurer sur place. - ici, une case dans la banlieue de Niamey, au Niger (Photo P.Pingault). (L.F.)
 

P.P. ©EQm
 
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