24-11-2017
 
 
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LE VILLAGE RÊVÉ

La route est parfois longue entre l'écovillage imaginé... et sa réalisation.

« Quand nous nous sommes installés, nous avions de grands idéaux, nous visions l'autonomie la plus totale possible, se souvient Jocelyn Simard (voir les autres textes sur le site, La voie des écovillages et Simple et génial). Puis nous avons regardé la réalité : nous ne sommes même pas autonomes à 10 % ! Nous ne produisons pas nos vêtements, ni notre essence, ni même notre orge et notre avoine... »

Après neuf ans d'autonomie énergétique (l'électricité provenait de panneaux solaires et le chauffage, d'une serre accolée à la maison en plus du foyer de masse), Jocelyn Simard a décidé de brancher la maison sur le réseau provincial d'Hydro-Québec. « Comme auteurs, nous avons besoin d'un ordinateur. Nous ne pouvons plus nous permettre d'avoir un système qui flanche à l'occasion. »

On sent un brin de déception dans sa voix. Et pourtant, cette famille a adopté un mode de vie déjà cent fois plus écologique que la famille nord-américaine moyenne. « Il ne faut pas se mettre trop de pression et vouloir être puriste à 100 %, surtout au début, croit Lucie Lemelin. Il s'agit d'y aller progressivement, à la mesure de nos moyens et des possibilités offertes. » Un exemple : le véhicule tout-électrique à zéro pollution n'existe pas encore et le transport en commun est si peu développé à la campagne que les écovillageois sont souvent obligés de se déplacer en véhicule à essence. Encore une fois, il s'agit de trouver des solutions de rechange : le vélo pour les courtes distances, un véhicule partagé entre plusieurs familles, etc.

©M.Desgagnés

L'essentiel consiste à démarrer le projet ! « Beaucoup de gens assistent à des réunions où ils parlent des valeurs qu'ils aimeraient vivre, mais ne passent jamais à l'action. À un certain moment, il faut se cracher dans les mains et plonger », soutient Madeleine Sauvé. Idéalement, la démarche consiste à créer d'abord un groupe solide, qui définit son projet de vie. Mais quand les volontaires se font rares, les plus courageux n'hésitent pas à démarrer seuls en espérant que d'autres les rejoindront en cours de route.

« Les principes écologiques c'est important, mais ce qui compte d'abord, ce sont les personnes ! », affirme Lucie Lemelin. Les gens qui choisissent ce mode de vie ne visent pas seulement à respecter la nature, mais souhaitent surtout vivre la solidarité au quotidien, une vie communautaire riche où le partage et le respect priment. Ils veulent sentir une appartenance, s'épanouir, réduire les dépenses pour que la vie prime sur l'argent.

Or, dans le monde occidental où chaque individu s'est construit son cocon, la vie en groupe nécessite un véritable apprentissage. « Dans notre société, vivre à deux est déjà un défi, poursuit Lucie Lemelin. Alors en groupe, c'est d'autant plus difficile de supporter son voisin s'il n'a pas remis la scie à sa place. Il faut apprendre à écouter et à dire, plutôt que fuir ou attaquer. »

Gare aux dépendants affectifs et dépendants tout court. La vie en écovillage ou en écohameau est faite pour les gens autonomes, capables de s'automotiver. « Cela peut être une bonne idée de faire une corvée en groupe avant de poser les bases du projet, juste pour voir si on peut s'entendre. » C'est aussi une façon de mettre en œuvre un processus décisionnel collectif. Car un écovillage n'a habituellement pas de chef. « Toutes les communautés que j'ai visitées fonctionnent par consensus », confirme Michel Desgagnés. Pour prendre les décisions, les gens se réunissent et discutent jusqu'à ce qu'ils aient trouvé un compromis qui fait l'affaire de tous. Et cela peut se régler parfois très vite ! ©EQm

©M.Desgagnés
 
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