26-09-2017
 
 
SOMMAIRE

L'ÉCOLE, UNE IDÉE FOLLE ?

On a fait tant de découvertes sur l'enfant.
Qu'attend-on pour les mettre en pratique ?

Nous marchons, mon mari et moi, sur les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle et faisons halte à Conques, un village extraordinairement beau du sud-ouest de la France, qui s'écoule tout en ruelles et en pentes... Dans la montagne, les maisons, en vrac et de guingois, sans ordre sauf celui de la liberté de bâtir du beau. La jeune épicière, revenue vivre au village, nous apprend que la belle bâtisse de l'école est désertée. « On n'entend plus les enfants pendant la récré, se plaint-elle. Il faut les conduire à la nouvelle école tout en haut, en voiture. » Nous avons grimpé. Accrochés aux hautes grilles de l'école, nous restons pétrifés : un bâtiment préfabriqué, tout en long. Une cour en ciment : pas de gravier ni de terre. Pas d'arbre non plus, par crainte d'accident. Et pourtant, alentour, c'est la campagne, les fleurs, les oiseaux et les fourmis dans l'herbe...

L'école d'aujourd'hui est un lieu où les enfants sont entassés, enfermés et assis toute la journée. Classés obligatoirement par tranches d'âges, ils y reçoivent un savoir déversé par les adultes, lui aussi coupé en tranches, « programmé » à l'avance selon une progression qui varie peu depuis longtemps, déconnecté de la réalité de la vie et de ses exigences, de la culture ambiante.

Telle quelle, cette école est-elle une si bonne idée ?

Le droit pour tous, filles et garçons, d'accéder aux connaissances est évidemment un acquis extraordinaire. Ce qui pose question, c'est le concept de l'école moderne : la conception des lieux, le contenu et le mode de transmission des savoirs, le rôle et la formation du maître. Des enseignants et des chercheurs passionnés en biologie, en diététique ou en neurologie, ont fait des découvertes extraordinaires sur l'enfant.

Mais qui a pu travailler à la synthèse de ces connaissances accumulées, pour créer des lieux d'éducation qui en tiennent compte ? Chacun œuvre dans son domaine et l'enfant est conduit de spécialiste en spécialiste. L'interdisciplinarité, une forme de la communion, est une urgence dans notre monde civilisé. Mais l'on se laisse emporter par nos façons de faire dans les structures déjà existantes, au sein d'une société cimentée par l'obligation de rentabilité et de normes qu'on ne cesse d'amplifier pour (soi-disant) protéger les enfants. J'ai visité beaucoup d'écoles dans le monde. En Haïti, je revois ces enfants tassés à cinq sur un banc, contraints de répéter ce que dit (très fort) l'enseignante : « La boîte est rouge. » La boîte comme la maîtresse sont si loin que les enfants les voient à peine. Au Sahara, les petits Sahraouis se dessinaient sans bras. On comprend pourquoi : ils n'avaient même pas de quoi écrire sous la tente école ! Au Togo, il a suffi d'enlever quelques tables dans la classe et d'installer les enfants à terre sur des nattes pour leur rendre la liberté de mouvement. En Occident, les enfants sont écrasés sous le poids d'un cartable trop lourd. On doit alors payer des leçons de gym, de kiné. La seule solution en France : emmener leurs petits propriétaires en voiture à l'école ! Au retour, ils regardent la TV ou jouent à l'ordinateur : quand peuvent-ils marcher ?

Puis-je me permettre de rêver ? Par exemple, d'un système de santé qui tienne enfin compte de nos connaissances sur les premiers jours de la vie. Pourquoi n'extrait-on pas nos nouveau-nés des centres hospitaliers où la maternité est parfois située entre l'étage des malades contagieux et les urgences ? Où la maman doit traverser tout l'hôpital pour rejoindre son bébé prématuré isolé dans une couveuse... car on ne la laisse pas dormir près de lui ! Je rêve de maisons de naissance, comme il en existe quelques-unes au Québec. Ce serait de vraies petites maisons à la campagne ou dans un parc, une par famille. Pour plus de sécurité bien sûr, car le progrès est fantastique, à proximité des ces maisons (avis aux architectes) un module de soins, au cas où la vie serait menacée. Les parents pourraient venir s'y former avant et après, selon leurs besoins.

Car qui apprend aux mamans à être mères ? « Prenez soin de votre bébé, aidez-le... » Bien sûr, mais comment faire pour ne pas mal faire et être ensuite accusée par psychologues et médecins de l'avoir traumatisé ? « Il faut rendre les bébés à leurs mamans », insiste le physiothérapeute américain Glenn Doman : les spécialistes ni l'école ne peuvent leur confisquer. Seuls des parents bienveillants ont toute l'énergie et la patience nécessaires pour aider leurs enfants à se développer !

Et pour l'école ? Qu'on sorte, quand cela est possible, l'enfant de la ville. Sa journée commencerait en silence pour écouter Dieu, les oiseaux, ou son cœur avec les autres élèves et le personnel de l'école. La « leçon de silence » est une des plus vitales aux yeux de Maria Montessori ! Puis, chaque enfant choisirait ses activités, un ensemble diversifié qui toucherait au développement de tout son être, pas seulement celui du cortex ! Il pourrait, par exemple, se rendre à la salle de graphisme ou au bâtiment des sciences exactes, quel que soit son âge. Et travailler le langage ou faire des mathématiques trois semaines durant s'il est dans la période sensible à tel ou tel apprentissage.

En fait les enfants ne peuvent pas apprendre tous en même temps et au même âge à lire, à écrire ou à compter. Cela paraît plus rationnel, mais c'est impossible ! « Madame, votre enfant est en retard », s'entend dire la maman du quart-monde. Mais en retard, ou en avance... par rapport à quoi ? La maman dont l'enfant est précoce hésite, pour sa part, à le faire sauter une classe. On freine son désir d'apprendre « car ce n'est pas l'âge ». Mais ensuite, il n'a plus envie ! Ou alors apparaissent des troubles de la parole ou du comportement qu'il faut traiter, le seul après-midi où l'enfant pourrait... apprendre à bricoler, à cuisiner, à jardiner ? Car la mission de l'école et de l'éducation n'est-elle pas, avant tout, de donner au petit d'homme tous les moyens de vivre, de s'adapter au monde ? « Les changements incroyablement rapides intervenus au cours du dernier demi-siècle ont radicalement modifié les conditions de vie, écrivait Maria Montessori dans un livre magistral, L'éducation à la paix. C'est pourquoi il est maintenant absolument impératif de réfléchir sérieusement à l'aspect humain des choses si l'on veut permettre aux hommes d'améliorer eux-mêmes leur situation. C'est là la tâche de l'éducation. »

Par quel bout commencer ? Cessons de dépenser temps, énergie et argent pour tenter seulement d'adapter sans les changer les anciennes structures scolaires. Osons tourner la pagee ! La tâche semble immense, mais la clef est de replacer l'enfant au centre de nos vies. Avec le pauvre et Dieu lui-même, il est l'essentiel, celui que nous devons contempler. Nous saurons alors trouver les moyens d'accompagner le petit d'homme sur son chemin d'humanité. Et nous verrons se lever un peuple d'enfants bâtisseurs d'humanité : meilleurs car en bonne santé, non violents car librement actifs, intelligents à un degré qu'on ne soupçonne même pas encore tellement nos potentiels sont sous utilisés. La vraie révolution dont rêvait Maria Montessori. ©EQm

Un aperçu en pdf
P.P. ©EQm
Marie-Annick Pingault
©B.Henril OXFAM, Qc
En Haïti
 

Marie-Annick Pingault, épouse de Pascal Pingault et fondatrice avec lui de la Communauté du Pain de Vie, Marie-Annick Pingault est l'initiatrice du réseau des Maisons des Enfants. Depuis plus de 30 ans, cette institutrice de formation, mère de huit enfants et grand-mère de quatre petits-enfants, a accompagné des dizaines de familles sur les cinq continents dans l'éducation de leurs enfants, tant dans des cursus traditionnels que dans des formations à distance. Elle a soutenu la rédaction de nombreux documents qui synthétisent les meilleures connaissances sur l'enfance en diététique, pour l'éveil et la santé des plus petits, pour la formation de monitrices pré-primaires choisies parmi des mamans très pauvres, pour la création de matériel pédagogique, de jeux, etc. Elle encadre un vaste travail entrepris pour diffuser ces connaissances auprès des familles les plus pauvres dans nos pays comme dans les pays du Sud.

 
 
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