26-09-2017
 
 
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OSER L'EXCELLENCE (EXTRAIT)

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Pour les enfants précoces, les cours à distance offrent une alternative intéressante.

En 1885, Mademoiselle Rose Hattemer, une jeune préceptrice originaire d'Alsace, arrive à Paris. La qualité de son travail à domicile est rapidement remarquée. La voilà qui rassemble toujours plus d'enfants chez elle. Dans les années 1930, elle construit une école où les précepteurs qu'elle supervise se rassemblent chaque semaine pour faire le point sur le travail des enfants, assister avec eux à ce qui s'appelle « le grand cours », avec les parents qui le désirent. Le travail des enfants est étroitement évalué et le précepteur reçoit la matière de la semaine suivante.

C'est l'origine de ce qui est devenu le Cours Hattemer, une formation de haut niveau donnée à la fois dans l'école de la rue de Londres, à Paris, et à distance.

Jacques Chirac, Christine Ockrent , Jean M. d'Ormesson, Karim Aga Khan, Françoise Sagan, Jean-Paul Sartre, la liste des anciens d'Hattemer est impressionnante. L'école ne s'en cache pas : on ne craint ni le travail ni l'excellence.

Mais le Cours Hattemer n'est pas seulement réservé à des familles suffisamment aisées pour disposer d'un précepteur à domicile. Il rejoint aussi des familles qui choisissent de garder leur enfant à la maison parce qu'elles voyagent à l'étranger, que leur enfant prépare une carrière sportive ou qu'il ne trouve pas son compte dans le système scolaire traditionnel. Le Cours Hattemer a notamment développé des outils pour répondre à la dynamique particulière des enfants surdoués, appelés aussi enfants intellectuellement précoces. En Quête a rencontré Catherine Jousse, la directrice du cours par correspondance.

En Quête : Y a-t-il plus d'enfants précoces ou surdoués qu'avant ?
Catherine Jousse : J'ai cette impression. Mais est-ce parce que les jeunes parents s'en occupent davantage, que leur milieu est plus stimulant ou qu'on les repère mieux ? Les professionnels de la santé parlent aussi davantage de cette cause de l'échec qu'est - paradoxalement - la précocité intellectuelle, c'est pourquoi on la détecte plus. On reconnaît ces enfants à certaines constantes : ils vont très jeunes vers les livres, surtout les encyclopédies. Certains apprennent à lire tout seul. Ils sont très attirés par l'astronomie, l'histoire, l'évolution de l'homme et tout ce qui touche à son origine. Ils se posent fréquemment des questions sur le but de l'existence. Ils sont souvent musiciens mais souvent aussi, ils n'aiment pas écrire. Ils ont le sens de l'humour, pas toujours compris de l'entourage qui le confond avec de l'insolence. Ils sont fatigants car jamais rassasiés, toujours en activité cérébrale. Ils ont un besoin aigu de justice, de reconnaissance et donc d'avoir confiance dans l'adulte ; contrairement à ce qu'ils paraissent, ils ne sont pas sûrs d'eux car ils mesurent ce qu'ils ne savent pas - bien qu'ils soient souvent conscients de leurs capacités hors normes. [...]

EQM : Que peut leur apporter l'enseignement à distance ?
C. Jousse : Ces enfants peuvent avancer à leur rythme, travailler à mi-temps, faire deux années en une ou arrêter pour faire d'autres activités. Ils peuvent aller jusqu'au bout d'une question [...].

EQM : Dans notre société, les parents sont anxieux de la réussite scolaire. Ne pousse-t-on pas trop les enfants pour qu'ils soient toujours « en avance » ?
C. Jousse : Non. Je rencontre plutôt des parents qui viennent en urgence avec un enfant normal jusqu'ici, et qui s'est remis à faire pipi au lit, à avoir des poussées d'eczéma, à refuser de manger. L'enfant tire un signal d'alarme et les parents sont obligés de chercher une solution. [...]

EQM : Parlez-nous de la méthode de Mlle Hattemer.
C. Jousse : Nous l'avons gardée telle quelle, inchangée tant elle est efficace : tous les enfants savent lire entre cinq et six ans, de beaux textes classiques, en travaillant seulement à mi-temps, le matin. Ils font d'autres choses l'après-midi. Mlle Hattemer a su créer une méthode d'une grande unité sur toutes les classes primaires, très logique, très approfondie et très variée, avec des reprises systématiques de classe en classe. En fait, une méthode répétitive, analytique et avec une progression systématique rassure l'enfant qui a besoin de cadres ordonnés qu'il maîtrise pour se sentir sécurisé et pouvoir apprendre. Cette méthode s'oppose donc totalement à la méthode globale d'apprentissage de la lecture ou de la grammaire. Mlle Hattemer a aussi su préserver une forme plus souple dans la progression, de la maternelle au Baccalauréat (le diplôme de fin d'études secondaires en France), liée aux progrès réels de l'enfant dans ses acquisitions plutôt qu'à son âge.

EQM : Qui accompagne les enfants ?
C. Jousse : Des précepteurs ou des parents. À mon sens, ces derniers doivent d'ailleurs rester les premiers éducateurs : ils peuvent déléguer mais pas abandonner leur pouvoir à l'établissement choisi ou aux professionnels de l'éducation. Un des conjoints au moins doit pouvoir se rendre disponible pour reconnaître la particularité de l'enfant, se documenter sur les modes d'enseignement, réfléchir aux choix éducatifs. Je sais bien que de nombreux parents pensent qu'ils manquent de temps ou de compétence. Mais qui a dit qu'élever un enfant ne prenait pas de temps ? Il nous faut être à l'écoute, ce qui ne signifie pas accepter de l'enfant tout ce qu'il veut ! Cela signifie comprendre par les réactions de l'enfant ce qui lui est nécessaire, et qui n'est pas forcément ce qu'il exprime.

EQM : L'instruction des enfants à la maison est-elle réservée à une élite, qui en a les moyens ?
C. Jousse : Mlle Hattemer avait la passion de trouver des moyens pour que chaque enfant donne le meilleur de lui-même. C'est une recherche de l'excellence mais en rapport avec ce que chacun est capable de faire, pas en rapport avec un but idéal. Nous ne cherchons donc pas à ne former qu'une élite ! Le Cours Hattemer rejoint effectivement des familles qui peuvent compter sur l'aide d'un précepteur. Mais de plus en plus de jeunes parents sont conscients des enjeux et font un gros effort, tant sur le plan financier qu'au niveau de leur organisation, pour offrir cette filière d'éducation à leur enfant. L'enseignement à distance permet aussi d'accompagner de façon souple des enfants en difficulté. Nous venons d'en faire l'expérience avec des jeunes Roumains. L'un d'eux, sorti de l'orphelinat à trois ans, s'est montré violent pendant très longtemps. Il a eu un comportement pénible en groupe jusqu'à l'âge de 15 ans. Mais il a obtenu son Baccalauréat à 16 ans et a intégré l'université. Nous envoyons aussi les cours à des religieux(1) dans le Nord de la France ; ils suivent des enfants en échec scolaire d'un quartier difficile - alcoolisme, familles éclatées - et on obtient d'excellents résultats [...]. ©EQm

(1) Père Argouach, Village d'enfants de Riaumont, BP 28, Liévin, Tél : 03 21 28 32 09.

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P.P. ©EQm
Catherine Jousse
 
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