24-11-2017
 
 
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DE GRANDES PERSONNES

L'enfant n'est pas un animal de cirque que l'on dresse. Au lieu de le contraindre, l'éducation doit l'accompagner, nous dit Maria Montessori.

Soyez les bienvenus, vous êtes ici chez vous. Un matin de janvier 1907, quelques filles et garçons de moins de six ans poussent la porte de la Maison des Enfants, la première école que Maria Montessori a créée dans un des quartiers les plus pauvres de Rome. En quelques mois, en leur parlant comme à des grands, ce génie de l'éducation transforme une cinquantaine des « vandales » de San Lorenzo en enfants qui ont soif d'apprendre. Son approche est si neuve qu'elle va bousculer la manière de considérer les plus petits. Près d'un siècle plus tard, on commence à peine à prendre la mesure des intuitions et des idées de Maria Montessori.

Elle devient à 26 ans la première femme médecin d'Italie. Mais que faire d'un « docteur en jupon » qui ose bousculer toutes les conventions ? Aucun service noble n'en voudra ! C'est ainsi qu'on lui propose un emploi d'assistante à la clinique psychiatrique de l'université de Rome.

Parmi les patients, Maria Montessori découvre des bambins qu'on disait arriérés, enfermés à longueur de jour dans des salles communes sans aucun soin et livrés à eux-mêmes. Bouleversée, elle cherche comment les aider et découvre les travaux de deux médecins français, Igard et Seguin. Le premier, alors célèbre pour son étude sur l'enfant sauvage de l'Aveyron, avait créé une méthode éducative pour sourds et muets ; le second avait entamé une approche pédagogique pour enfants dits retardés. Maria Montessori essaye d'appliquer leur « pédagogie scientifique » aux petits malades de la clinique psychiatrique. Non seulement ces enfants retrouvent une joie de vivre, mais certains se mettent même à lire et à écrire.

Multipliant recherches et conférences, elle a l'intuition que la pédagogie, l'écoute et la tendresse peuvent aider les enfants autant que la médecine. Dans les années qui suivent, que ce soit comme directrice de l'école d'orthophrénie (littéralement : redresser la folie) ou comme titulaire de la chaire d'anthropologie pédagogique de l'université de Rome, elle découvre qu'au lieu de contraindre l'enfant, l'éducation doit surtout libérer son potentiel. L'adulte est trop souvent « l'ennemi»  de l'enfant, dit-elle : surprotecteur ou au contraire trop exigeant, il freine l'enfant qui n'a de soif que d'apprendre. Au lieu de vouloir faire « rentrer dedans », la véritable éducation consiste à « tirer dehors » !

N.P. ©EQm

Ses théories provoquent un tollé mais pédagogues et scientifiques doivent bien s'incliner devant les résultats qu'elle obtient en quelques mois seulement à la Casa dei Bambini, avec des enfants considérés comme de la graine de voyous ! Les petites tables et les chaises à la hauteur des enfants, l'accueil chaleureux qu'elle leur fait, cette manière de leur parler de façon très personnelle, la clarté et la propreté des lieux, avec le coin jardin et le coin cuisine, en font des enfants calmes, ordonnés, assidus, remplis de joie de vivre. Les rites tout simples (se saluer, se laver les mains, écouter ensemble une histoire) et les activités qu'elle invente sont autant d'idées qui lui viennent en observant intensément ses « maîtres » que sont les enfants.

C'est sur la base d'une expérience quotidienne que s'établit ainsi ce qui fonde aujourd'hui la pédagogie Montessori. Plus qu'une méthode d'ailleurs, c'est une attitude de fond, où l'adulte ne se réfugie pas derrière son savoir en imposant ce qu'il connaît : « L'adulte croit qu'il est le créateur de l'enfant, alors que, normalement, il ne devrait être que le serviteur de sa création », dit Maria Montessori.

Au fil de ses observations, la doctoresse italienne pose les cinq sphères d'activités et de jeux qui favorisent le développement de l'enfant : la vie pratique, le sensoriel, l'écriture, la lecture et les mathématiques.

Elle constate ce qui nous paraît aujourd'hui une évidence, mais ne l'est absolument pas à l'époque : le petit enfant appréhende et comprend le monde d'abord par les sens, en touchant, en bougeant, en écoutant. Elle invente pour lui tout un matériel sensoriel, sans cesse amélioré, d'une diversité exceptionnelle.

L'enfant possède ce que Maria Montessori appelle un « esprit absorbant ». Très vite, elle repère ainsi l'existence de « périodes sensibles », passagères, où l'enfant assimile sans difficulté, presque spontanément, telle ou telle compétence : s'il est aidé à ce moment précis, l'apprentissage se fait alors en douceur. Il naît à lui-même sans violence et passe à un stade supérieur, continuant sa lente métamorphose. Dans sa conception de la classe, où chaque enfant avance selon ce qu'il est, il n'y a pas de punition, bien sûr, ni de récompense. Pas de bâton ni de carotte. Chaque découverte est accompagnée d'une joie qui donne le goût de découvrir encore.

La quête de Maria Montessori n'est pas que pédagogique. Au fil des années, elle se montre de plus en plus préoccupée par la question de la paix. Elle a l'intime conviction que celle-ci ne s'obtient pas à force de négociation mais plutôt au terme d'une construction des êtres : « La paix commence par la construction de l'harmonie entre l'enfant et l'adulte. » Car il n'y a pas de petites choses ou de petite échelle : « Ce qui se joue entre les enfants et les adultes, entre les enfants eux-mêmes, à l'échelle de la famille, de la classe, du quartier, se retrouve à l'échelle des rapports entre les nations. » La recherche de l'harmonie pour l'enfant dans un milieu à la fois doux et fort, calme et sécurisant, est en même temps un apprentissage de la tolérance et de la non-violence.

Plus qu'une pédagogie ou une manière d'éduquer, ce que Maria Montessori lègue à notre époque est un respect infini de l'enfant, et à travers lui, de la personne humaine. ©EQm

Cet article s'inspire du livre d'Anne Sizaire, Maria Montessori, L'Éducation libératrice.


M.-H.P./P.P. ©EQm
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A.D. ©EQm
A.D. ©EQm
La Maisson des Enfants,
Afrique.
ÉTAPES
  • Le nouveau-né naît sensoriellement au monde.
  • L'enfant de trois ans naît à la conscience.
  • À sept ans il entre dans l'abstraction, puis découvre les principes moraux, telle la justice. C'est une période de calme et d'équilibre psychique avant la « métamorphose » de l'adolescence.
  • Pour l'adolescent, il s'agit de lui donner envie de s'intégrer à la société, moins en lui faisant amasser des connaissances qu'en centrant son éducation sur des valeurs humanistes pour lesquelles il puisse s'engager.
     
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