26-09-2017
 
 
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LIBÉRALISATION : DES PROMESSES, QUELS RÉSULTATS ? (EXTRAIT)

Lisez la version complète du texte dans notre magazine.

La libéralisation des marchés, dit-on, permet la croissance pour tous. Vraiment ? Une tribune de Nathanaël Pingault.

Dans un document intitulé Politiques agricoles des pays de l'Organisation de coopération et de développement économique : un programme de réforme constructif(1), le Secrétariat de l'OCDE présente, modèles à l'appui, les gains potentiels « élevés » de la libéralisation des échanges internationaux. De son côté, le Service de recherches économiques de l'USDA (ministère de l'Agriculture américain) qualifie ces gains de « considérables. » La plupart des grands organismes internationaux sont convaincus des bienfaits que l'ouverture des marchés provoque.

D'étude en étude, les chiffres varient mais les tendances sont les mêmes. Ainsi, la Banque mondiale estime que le gain potentiel de bien-être mondial, suscité par une libéralisation totale des marchés dans tous les domaines de l'économie, s'élève à 260 milliards $US par an(2). Un montant qui semble important mais qui représente en fait moins de 1% du PIB mondial, ou 2,6% du PIB américain(3). La Commission européenne, elle aussi très optimiste, assure qu'une réduction générale de la protection aux frontières dans tous les secteurs et dans tous les pays jusqu'à la moitié de leur niveau actuel, entraînerait un gain annuel de 400 milliards $US. Là encore, ne nous laissons pas impressionner par les chiffres : selon l'Organisation mondiale du commerce (OMC), les exportations de marchandises dans le monde représentaient 6 400 milliards $US en l'an 2000. Ainsi, même si l'on retient les retombées très élevées, et peut-être surestimées, de la Commission européenne, le gain potentiel atteint tout juste 6% des exportations mondiales. Six pour cent, dans le domaine des prévisions économiques, c'est la marge d'erreur considérée comme acceptable dans la plupart des modèles. Statistiquement le gain estimé (400 milliards $US) est négligeable, très proche du zéro !

La libéralisation des échanges agricoles nous laisse tout aussi sceptique. [...]

Au vu de tous ces chiffres, les gains potentiels liés à la libéralisation des échanges, loin d'être considérables, paraissent au contraire étonnamment faibles, même selon les estimations les plus optimistes. Sans compter qu'aucune de ces études ne prend en compte les coûts que ce processus de libéralisation entraîne : coûts sociaux liés à la restructuration brutale de pans entiers de l'économie dans chaque pays; coûts du système de redistribution international qu'il faudrait mettre en place pour que les gagnants de la libéralisation compensent effectivement les perdants; divers coûts de transaction liés au caractère imparfait de l'information disponible pour les différents acteurs des marchés agricoles; coûts écologiques avec l'augmentation du trafic maritime, terrestre et aérien; etc.

Faut-il dès lors dépenser autant d'énergie et mettre en situation très difficile une partie non négligeable de la population mondiale - les plus démunis, les moins « efficaces » - pour une espérance de gain finalement aussi médiocre ? ©EQm

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©Grameen Bank
©EQm
Nathanaël Pingault
 

Nathanaël Pingault est ingénieur du Génie Rural des Eaux et Forêts et titulaire d’un DEA d’Économie du développement. Il participe aux travaux des pouvoirs publics français sur la libéralisation des échanges internationaux, et la réforme de la politique agricole commune européenne.

 
 
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