24-11-2017
 
 
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CORRUPTION : LE FOU RENVERSE LE FAUX (EXTRAIT)

Lisez la version complète du texte dans notre magazine.

Jérome Dandjinou a placé la lutte contre la corruption au Bénin au cœur de son action. Un choix plus que risqué dans l'univers des affaires.

Selon l'organisation Transparency International, près de 70% des États souffrent de problèmes de corruption. Une plaie qui entrave le développement de nombreux pays tant au Nord qu'au Sud. Mais la corruption pèse plus encore sur les économies en émergence qui ont peu de marge pour atténuer ses effets. Le combat que mène Jérôme Dandjinou depuis 20 ans est d'autant plus significatif. « Je ne mange pas », résume ce Béninois de 47 ans en utilisant une expression typique de son pays. Une manière de dire qu'avec lui, il n'y a pas de commission secrète (10% en général), de compte à l'étranger ou d'enveloppe sous la table : « Sur un chantier, tu peux arranger une affaire sans que personne ne le sache, dit-il. Mais celui avec qui tu le fais retient tout. Tu ne peux plus dire publiquement certaines choses. Il y a ce regard en face de toi. Tu as cassé ton mouvement, tu ne peux plus lutter pour délivrer ton peuple. »

Père de six enfants, Jérôme Dandjinou est engagé depuis quinze ans au sein de la Cté du Pain de Vie. Il est en même temps gestionnaire principal des aéroports du Bénin, un poste de premier rang dans la fonction publique. Il est aussi vice-président du Conseil international des aéroports - région Afrique. Chaque mois, il donne son salaire pour le service des pauvres, se contentant d'environ 1% de la somme pour ses besoins personnels.

« Dans les années 1980, explique-t-il, les fonctionnaires gagnaient peu. La corruption s'est installée. Pour débloquer un acte de naissance, par exemple, il fallait déposer la pierre - un billet de banque - sur le dossier. Quelque chose, pour que ton papier ne s'envole pas dans le vent... »

Reconnu pour sa probité et sans qu'il n'ait rien demandé, Jérôme Dandjinou a été sollicité en 2002 par le président du Bénin pour assumer pendant un an la fonction de chef de la circonscription urbaine de Cotonou - l'équivalent du maire d'une ville d'un million d'habitants, dans une période particulièrement sensible. « Cotonou Ville propre » : son programme ne visait pas seulement les questions de salubrité et d'hygiène publiques ! « Quand j'ai accédé à la mairie, j'ai dit aux entreprises de se considérer comme des gens libres. Moi, je ne mange pas, ai-je expliqué à mes collaborateurs. Alors vous aussi, vous allez jeûner pendant mon séjour. Les entrepreneurs ont apprécié : ils ont eu moins de pressions pour mener les chantiers. Et moi, j'étais libre pour sanctionner les gens qui ne font pas bien. En annonçant ainsi publiquement les choses, j'ai fait de mon comportement un témoignage mais aussi une protection. Et j'ai démontré qu'on peut travailler pour son pays sans prendre 10% sur les contrats. On a dit : Dandjinou, c'est qui cet homme ? Il ne veut rien pour lui. Dans le monde des affaires, ne pas prendre de commission semble toute une conversion. Mais on juge extraordinaire ce qui devrait être normal. Au fond, c'est contre deux pauvretés que nous devons nous battre, la pauvreté matérielle et la pauvreté morale. Face à la pauvreté matérielle, avec de l'organisation et de la solidarité, on peut s'en sortir parce qu'on peut la vaincre avec des moyens modestes. »

Mais que faire pour un pays qui connaît la misère à cause de la pauvreté morale de ses leaders ? « Quand le responsable ne pense pas à l'intérêt collectif, il ne favorise pas le développement. [...] ©EQm

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P.P. ©EQm
Vente d'essence
à la sauvette.
P.P. ©EQm
Jérome Dandjinou
 
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