26-09-2017
 
 
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VINGT ANS À MEUBLER DES VIES !

L'entreprise d'insertion sociale Boulot Vers... fabrique des meubles. Ce qui sort de l'atelier, ce sont des jeunes !

Ébéniste : Patrick Nourry, un jeune Québécois de 23 ans, a une idée claire du métier qu'il veut faire. Cet été, il a terminé sa formation et souhaite partir avec les Compagnons du Devoir en France pour apprendre ce qu'il ne pourra pas vraiment découvrir sur les bancs d'une école. Les mots de Patrick ressemblent à ceux d'un rescapé : « Dans la région où j'ai grandi, il était plus facile de prendre de la drogue que de faire de la planche à roulettes dans un parc », dit-il. Pendant des années, vivotant avec des petits travaux, Patrick a été rongé de questions qui ont failli l'anéantir : « Qui peut m'expliquer comment ça marche, la vie, ce que j'y fais ? » Jusqu'à ce qu'il rencontre Boulot Vers... (LBV), une entreprise d'insertion socioprofessionnelle qui agit depuis 20 ans dans Hochelaga-Maisonneuve, un quartier de Montréal marqué par 40 ans de désindustrialisation.

Au Canada, LBV est LE modèle de la réinsertion. L'entreprise propose à des jeunes en difficulté un stage salarié de 40 heures par semaine pendant six mois. Les stagiaires reçoivent aussi une formation hebdomadaire de trois heures sur des aspects aussi divers que la gestion d'un budget, les droits civiques, la santé, etc. « Nous oeuvrons avec des jeunes qui ne savent souvent pas comment fonctionner », dit Jeanne Doré, directrice générale de LBV. Chacun bénéficie d'un suivi personnalisé pour affronter ses propres questions. « Quand Jeanne Doré a pris le téléphone pour faciliter mon entrée en stage, j'ai compris que je comptais pour elle, dit Patrick Nourry. Dans son équipe, tu sens que tu as ta place, et ça change tout. »

On vient de loin pour comprendre ce qui fait le succès de LBV : plus de mille jeunes réinsérés, avec un taux de retour à l'école ou au travail de plus de 85% ; six cents jeunes postulent chaque année (pour 33 places de stages par session) des candidats référés le plus souvent par d'autres jeunes. LBV est une véritable entreprise, avec des contrats sérieux; elle vend ses meubles à des écoles, des hôpitaux, des logements sociaux et ses ventes financent une part importante de ses activités. Les stagiaires apprennent vite ce qu'est une chaîne de montage ! « Mais notre vrai produit, ce ne sont pas les meubles, ce sont les jeunes », dit Jeanne Doré. Boulot Vers en prend soin sans les épargner car au bout du stage, ils doivent être capables de fonctionner dans le monde adulte. « La procédure pour s'inscrire est exigeante, raconte Patrick Nourry. Et quand le stage commence, si on arrive même une minute en retard, on ne peut plus venir pendant une semaine ! »

Une des clefs du succès, ce sont les relations que LBV a tissées entre plusieurs mondes : ceux des jeunes, des intervenants sociaux, des gouvernements et des entreprises - la « gang des cravates » comme les surnomment les jeunes ! LBV bénéficie d'un réseau de dizaines de professionnels parmi lesquels plusieurs hauts dirigeants des grandes entreprises du Québec. « Dès les débuts, raconte Jeanne Doré, le soutien des gens d'affaires a permis à notre organisation de faire reconnaître notre vision de la réinsertion par le travail. » Une approche visiblement gagnante. ©EQm

 
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