24-11-2017
 
 
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CONSOMM'ACTEURS

Le commerce équitable permet-il de bâtir une relation commerciale juste pour les producteurs des pays du Sud ? L'expérience d'un entrepreneur de France.

En décembre 2002, des habitants de Taybeh en Palestine nous écrivent : leur village situé en Cisjordanie produit de grandes quantités d'huile d'olive. Avec l'occupation israélienne et la fermeture des frontières, ces petits producteurs sont dans l'incapacité de vendre leur récolte. En janvier, nous nous rendons sur place pour rencontrer les villageois. Nous leur achetons 10 000 litres d'huile à un prix fixé avec eux. Deux mois plus tard, cette huile d'excellente qualité arrive en France et est mise en bouteilles dans un atelier de travailleurs handicapés. Elle aboutit en avril dans le réseau des hypermarchés. Les débuts s'annoncent prometteurs : la demande est telle que nous prévoyons en vendre 20 000 à 30 000 litres par an.

Cet exemple résume bien le commerce équitable : vendre des produits issus de groupes de producteurs défavorisés afin d'encourager le développement durable. Des conditions avantageuses, tels le préfinancement des récoltes, la fixation d'un prix d'achat stable et des contrats à long terme permettent d'établir une relation plus juste.

Initié dans les années 1960, le commerce équitable connaît un essor considérable. En France, on trouve un grand nombre de cafés vendus sous le label Max Havelaar, délivré par une association sans but lucratif (loi 1901) qui certifie beaucoup de filières équitables de l'Hexagone. Dans certains pays, ces produits ont pris des parts de marché significatives : 15% pour la banane en Suisse, 7% pour le café en Hollande. Au Canada aussi, le système se développe rapidement.

Depuis l'introduction du café équitable dans la grande distribution française, les ventes doublent chaque année alors que les ventes globales de café stagnent. Cette croissance témoigne que les clients vont désormais plus loin dans leurs critères de choix que le goût ou l'apparence du produit : ils veulent connaître son origine, avoir des garanties sur le respect des critères environnementaux et sociaux des conditions de production. Le consommateur, peut-on dire, devient consomm'acteur.

Cependant la charité ne fait pas vendre : l'acheteur reste rivé sur le rapport qualité-prix, l'argument équitable n'est qu'un plus. Ce qui peut réellement expliquer cette croissance nourrie est le fait que le commerce équitable, bien encadré, constitue une garantie de qualité. Car au lieu d'acheter de « la publicité en paquet », on privilégie l'achat de la matière première à un juste prix. Les frais du marketing sont déplacés de l'aval vers l'amont, en misant sur des relations plus justes avec les fournisseurs pour valoriser le produit.

Aujourd'hui, les réseaux de commerce équitable doivent néanmoins augmenter leurs ventes et donc leur capacité de production. Transparence du circuit commercial, normes précises, traçabilité sont toutes des options à intégrer. Enfin, l'équitable reste un commerce : le défi est de grandir sans perdre le contrôle des coûts, des profits, des partages, du marché, etc.

Le commerce équitable ne peut plus se cantonner dans le monde associatif. Les professionnels qui prennent le relais dans la grande distribution ont un rôle à jouer pour instituer un cadre favorable au développement de ces initiatives à l'intérieur du système économique actuel.

Car au fond, il ne s'agit pas de remettre en cause la mondialisation et l'organisation néo-libérale. Ce que nous essayons de faire, c'est bâtir à l'intérieur du système un modèle alternatif bénéfique pour tous, y compris les producteurs des pays pauvres©EQm

©T.Lecomte
Tristan Leconte
 

Tristan Lecomte a publié Le pari du commerce équitable, aux Éditions d'Organisation. Il dirige Alter Eco, une entreprise membre de la Fédération internationale du commerce équitable.

 
 
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