24-11-2017
 
 
SOMMAIRE

FRANCISCA, CARTONERA

La vie d'une mère de famille devenue ramasseuse de cartons à Buenos Aires.

- Comment t'appelles-tu ?
- Moi ? Francisca.
- Et quel âge as-tu ?
- 38 ans. Je suis de Lomas (de Zamora).
- Et eux (deux enfants à côté d'elle), ce sont tes petits ?
- Oui. Ils m'accompagnent toujours. J'en ai deux autres, le bébé et un autre qui est le plus vieux.
- Depuis quand viens-tu à la capitale ?
- Quelques mois. C'est une question de survie. Je ne faisais pas ça avant mais maintenant, il faut s'en sortir.
- Que ramasses-tu ?
- Du papier et du carton.
- Le plastique, le verre, aussi ?
- Non. Le plastique, pour qu'ils te le payent, il faut qu'il soit en bon état. Alors, nous ne le ramassons pas parce que dans le voyage de retour, tout se casse. Le verre aussi, c'est dangereux ! Dans le camion qui nous ramène, chacun s'assoit sur son chariot. Alors, tu peux t'imaginer, avec les enfants... Ces deux-là, ils veulent toujours venir. Moi, je ne veux pas mais ils refusent de rester seuls à la maison. Je laisse juste mon bébé et mon fils aîné. Cartonera, c'est plus un moyen de survivre pour moi qu'un travail, tu vois ?
- À quelle heure partez-vous de chez vous ?
- Eux vont à l'école le matin et nous partons en fin d'après-midi vers six heures. Nous revenons vers neuf heures du soir. Le camion devrait arriver d'une minute à l'autre.
- Et ton mari ?
- Il n'est pas avec nous. Il est en prison. Si je te disais tout... Ce qui nous coûte le plus cher, c'est d'aller le visiter. Je me demande s'il mange bien, s'ils le traitent bien. C'est pour ça que venir ici est un moyen de survivre plus qu'un travail pour moi. Lui travaillait super bien, huit ans comme serveur dans un bar ! Mais voilà... Tu vois, le papier blanc, c'est ce qui paye le plus. Les recycleurs payent 50 cents le kilo. Le carton, 40 cents et le papier journal, 25 cents le kilo. On vend tout ensemble, les fins de semaine. Ce que je ramasse le plus, c'est le papier journal. En une semaine, on peut ramasser près de 50 kilos.
- Est-ce que ça te fatigue ?
- Non. Ici, ça va. Le concierge d'en face, Jorge, nous connaît bien. L'autre jour, c'était mon anniversaire, il m'a offert une petite chaîne. Les enfants aussi, il les connaît. Puis il y a des voisins qui nous apportent des choses. Des fois, il y a des gens qui te regardent mal, au début surtout. Moi aussi, des fois ça me dégoûte de faire ce que je fais, ouvrir les sacs de poubelles... Mais je fais attention que tout reste ordonné et propre. J'attends que le camion-poubelle passe pour voir s'il emporte tout et s'il laisse tout propre. Je ne m'en vais pas tant qu'il n'a pas tout emporté. Les gens en face (elle montre un magasin) ne veulent pas qu'on fouille leurs caisses. Ils ne veulent pas donner des fruits et des légumes encore bons ! Refuser de la nourriture à des enfants, c'est la seule chose que je ne comprends pas... ©EQm

 
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