26-09-2017
 
 
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ON NE PEUT SERVIR DEUX MAÎTRES (EXTRAIT)

Lisez la version complète du texte dans notre magazine.

S'ils consacraient vraiment dix pour cent de leurs revenus aux pauvres (la dîme), les croyants changeraient la face du monde.

Vous avez beaucoup semé et peu engrangé... Le salarié a gagné son salaire pour le mettre dans une bourse percée... Vous attendiez l'abondance et ce fut maigre... Pourquoi donc ? À cause de ma Maison qui est détruite, tandis que vous vous empressez chacun pour votre maison.

Aggée, chap I.

À une époque où les inégalités ne cessent de s'accroître, la parole de la Bible sur notre course à l'avoir résonne avec de plus en plus d'acuité. Cette Maison de Dieu, c'est l'humanité toute entière, dans laquelle Il veut habiter. « Il y a beaucoup de demeures dans la maison de mon Père », dit le Christ. Autant de manières de le rencontrer mais un appel pour tous les hommes et de tous les temps : « Vous ne pouvez pas servir deux maîtres, Dieu et l'argent. » On dépense parfois une énergie folle pour amasser des biens et cette fièvre nous empêche de réfléchir à la finalité de notre travail. L'Évangile ne donne qu'une réponse à cette prise de conscience, qui ne porte d'ailleurs pas seulement sur l'argent mais aussi sur le temps, les savoir-faire, tout ce que nous possédons : « Ce que tu as reçu, partage-le avec tes frères et sœurs en humanité. »

Mais comment?

Issus de familles pauvres, mon épouse Marie-Annick et moi-même, nous nous interrogions sur la pauvreté. Est-elle inévitable ? Pourquoi les pauvres sont-ils marginalisés ? Et y a-t-il quelqu'un, une religion ou une idéologie, qui apporte une réponse satisfaisante à ces questions, qui fasse le bien, soit transformante ? Nous habitions alors une chambre si modeste sous les toits de Paris que j'avais du mal à trouver l'espace suffisant comme artiste-peintre. Qui aurait cru alors que nous recevrions quelques années plus tard, de notre évêque fondateur Mgr Badré, un énorme séminaire de cent chambres, et que la Communauté du Pain de Vie que Dieu nous confiait se répandrait après 27 ans sur les cinq continents, dans trente pays ? Soixante-dix maisons dans lesquelles avec les pauvres de toutes races et religions, les enfants, les familles, les diacres, les prêtres, les consacrés hommes et femmes, nous réinventons le village, avec son triple centre : Jésus en son Eucharistie, l'enfant qui nous montre le chemin du Royaume et le pauvre qui est un autre Christ.

Dieu est allé nous chercher loin, au carrefour de nos errances, quand dans l'anxieuse recherche de la justice et de la paix, nous étions prêts à opter pour tous les moyens révolutionnaires, y compris la violence, sans même craindre la mort. Pour l'entendre, il a fallu que nous passions la porte étroite que propose le Christ au jeune homme riche, le « tout quitter » de l'Évangile.

Il avait fait tout ce qui est bien, ce jeune homme - ce qui était loin d'être notre cas. Il était riche, aimé du Christ. Il cherchait la perfection - comme nous - et Jésus lui montre que ce qui lui manque pour l'atteindre, c'est la pauvreté évangélique. Encombré de ses biens, il ne peut répondre au « Viens et suis-moi », et il repart tout triste. C'est un chemin sans programme préétabli, auquel le Christ associe quelques promesses : des persécutions bien sûr ; mais aussi le face à face avec Dieu au terme et dès maintenant, la tendresse du Ciel avec des maisons, des terres, des frères et sœurs, le tout multiplié au centuple...

Jeune marié, j'avais la possibilité de devenir assez riche comme artiste-peintre. Je me disais alors qu'avec mon argent je pourrais aider les pauvres. Mais à l'écoute du jeune homme riche, j'ai compris que le Christ avait d'autres vues et je me suis pris à rêver d'un monde où le milliard de chrétiens que nous sommes mettrait enfin en pratique le conseil de Jésus... Quel changement économique, quel témoignage capable de bouleverser les sociétés, l'équilibre des religions et même les relations internationales, si nous faisions seulement ce que le Christ propose ! Nous avons donc choisi humblement de commencer par nous-mêmes, de vendre ce que nous avions et d'en distribuer le fruit aux pauvres. Ainsi détachés, libérés, nous nous sommes pleinement découverts fils et fille de Dieu.

Cette voie n'est pas seulement réservée à ceux qui ont des biens à distribuer. Car riche ou non, on a tous quelque chose à quitter. Un soir d'hiver, un homme est arrivé dans un de nos refuges de France. Pendant la bénédiction du repas, il s'est mis à pleurer devant sa soupe fumante. Les frères ont gardé le silence, puis l'un d'eux a demandé : « Dis-nous ce qui se passe pour toi ? » « Je pleure de joie », a répondu le vieil homme à notre grande surprise. Cela fait trois jours que je n'ai rien mangé de chaud ! » Et il a raconté son histoire : « De retour chez moi, il y a bien longtemps, j'ai trouvé un homme avec ma femme. Depuis j'ai vécu dans la rue et je suis devenu alcoolique. Il y a quelques temps, j'ai rencontré Dieu. Maintenant à 70 ans, je ne peux changer de vie, je suis un itinérant mais je ne bois plus. Je ne suis plus un vagabond, je suis un pèlerin : je marche pour Dieu en priant pour ceux que je rencontre. » Le frère lui a proposé de se reposer chez nous durant l'hiver. « Non, a poursuivi l'homme. Dieu pourvoira demain à ce qui m'est nécessaire. »

Au Pain de Vie, nous avons choisi de vivre radicalement la pauvreté évangélique. Après un temps de cheminement, nous donnons nos biens aux pauvres. Nous ne sommes pas propriétaires de nos maisons pour nous préserver de tout enrichissement. Nous mettons tout en commun, et nos salaires proviennent de métiers aussi différents que tâcherons en maçonnerie en Hongrie, haut-fonctionnaires dans différents pays, artisans en France, infirmière au Cameroun… Nous recevons gratuitement les pauvres et pour pouvoir travailler avec eux, nous avons mis en place des fermes, des ateliers d'artisanats divers, des boulangeries...

C'est la voie que nous avons choisie, mais les Écritures en présentent d'autres. Ainsi, dès les premiers temps, les convertis au christianisme naissant apportaient leurs biens à la communauté des croyants qui les redistribuaient selon les besoins - une manière de faire qui a hélas ! conduit plusieurs communautés à s'enrichir au fil de l'Histoire. On peut citer aussi l'exemple des Saintes-femmes, telle la femme de l'intendant d'Hérode. De hautes classes, elles ne pouvaient suivre radicalement Jésus à cause des circonstances de leur vie; alors elles soutenaient sa mission de leurs biens. Il est cependant une voie qui s'adresse à tout croyant : c'est la bénédiction contenue dans le versement de la dîme, les 10% du revenu réservés aux pauvres de Dieu. Les chrétiens, pour la plupart, ont oublié cette pratique qui pourrait pourtant donner un grand élan au partage social. Elle fait partie des lois reçues dans l'Ancien Testament pour l'usage des biens. À ceux qui la pratiquent, Dieu promet la prospérité.

Nous avons bien compris au début de notre vie avec le Christ que si nous voulions avancer sur le chemin, il fallait que nous donnions notre dîme. Nous gagnions à l'époque 10 000 FF par mois. Nous devions donc nous défaire de 1 000 FF au bénéfice des pauvres. J'expliquais à Dieu dans ma prière que c'était un mauvais calcul, car il faudrait bien qu'il me renvoie l'équivalent avant la fin du mois qui était déjà difficile - l'accueil des gens commençait déjà dans notre maison. Peu confiant, j'ai jeûné, j'ai crié à Dieu de bien vouloir répondre à ma prière. Et c'est ainsi qu'il nous a fait vivre notre première expérience de sa tendresse. Depuis, sa Providence ne nous a jamais fait défaut. Aujourd'hui, je voyage beaucoup, en moyenne six à huit mois par an pour la mission. Voici comment s'est financé mon premier voyage en Afrique. [...] ©EQm

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Au Niger
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