22-11-2017
 
 
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QUAND LA CULTURE S'ÉGARE... (EXTRAIT)
de l'ethnologue schizophrène au choc des civilisations

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Bien souvent la culture se retrouve associée à des substantifs élogieux : racines, traditions, savoir-faire, beauté, solidarité, fierté... Mais que penser lorsque la culture rime, au contraire, avec vendetta, mutilations rituelles, tortures ou asservissement ?

L'Autre, le différent, celui « qui n'est pas comme nous », qui ne partage pas les mêmes valeurs, celui-là dérange. Sa simple existence interroge nos croyances, nos modes de vies, il lève le doute sur leur universalité et leur pertinence. La réaction la plus épidermique est la répulsion des « barbares » comme les Grecs dénommaient ceux dont ils ne comprenaient pas la langue. Dans un deuxième temps, nous pouvons chercher à comprendre cet étranger.

L'ethnologie est née de ce besoin de comprendre cette différence de la façon la plus scientifique possible. Pour cela, l'ethnologue doit laisser de côté ses propres valeurs, s'abstenir de juger les pratiques qu'il découvre pour comprendre l'autre sans a priori, donner sa chance à la différence en quelque sorte. Mais comme tout homme, l'ethnologue a ses propres convictions avec lesquelles les pratiques jusqu'alors inconnues de lui peuvent entrer en confrontation. Entre le scientifique et le citoyen, l'ethnologue risque la schizophrénie, rançon de sa position, comme l'illustrent ces propos de Claude Lévi-Strauss :
« Je ne peux pas nier que, quand je lis certaines descriptions des tortures auxquelles pouvaient se livrer ou les Indiens du Mexique, ou bien ceux des Plaines des Etats-Unis, je ne ressente un certain malaise. Mais celui-ci est sans commune mesure avec l'horreur et le mépris illimités que m'inspirent des pratiques comparables dans notre société (...) dans le premier cas, je m'efforce d'abord de comprendre quel est le système d'attitudes, de croyances et de représentations au sein duquel de telles pratiques peuvent exister. »

Deux poids, deux mesures... Certains ethnologues américains procèdent d'une autre manière : ils dénoncent les pratiques rencontrées -infanticides, maltraitances etc- qui leur paraissent contraires aux Droits de l'Homme. Le scientifique se fait alors militant. Mais, au-delà de cette difficulté de positionnement propre à l'ethnologie, se pose une question fondamentale : toutes les pratiques culturelles sont-elles également valables au nom du respect de la différence, du relativisme culturel ?
Le sacrifice humain, aujourd'hui considéré comme inacceptable, était largement pratiqué par les Incas avant l'arrivée des Espagnols. Au nom d'un code médiéval, le Kanun, la vendetta se pratique encore en Albanie : un meurtre est vengé par l'assassinat d'un membre de la famille du meurtrier. Chez les indiens Guayaki, le rite d'initiation pour entrer dans l'âge adulte consistait pour les jeunes gens à souffrir en silence pendant que leur dos était lacéré, un rituel qui se terminait généralement par l'évanouissement sous l'effet de la douleur. Aujourd'hui, la persistance d'une culture du Grand Ouest aux états-Unis entraîne une prolifération d'armes légères et leur cortège de morts. La liste serait longue de toutes les pratiques culturelles qui paraissent cruelles. Moins dramatiques, les différences en matière d'organisation familiale n'en sont pas moins étonnantes : monogamie, polygynie et même polyandrie ou absence de liens durables. Et ce, sans compter les initiations hétérosexuelles ou homosexuelles existant à l'entrée dans l'âge adulte (pour nous adolescence) dans plusieurs groupes culturels. Les rituels représentent un autre exemple d'une infinie variété : de simples chants religieux jusqu'à des pratiques de possession impliquant des automutilations sérieuses. Si certaines prétendues particularités culturelles servent de prétexte au faire-valoir d'intérêts politiques -comme dans de nombreuses guerres dites « ethniques »- il n'en reste pas moins indiscutable que la culture ne s'avère pas toujours constructive.

Cependant, une fois ce constat posé, qui peut juger de ce qui est acceptable ou non ? Doit-il y avoir un socle de valeurs communes pour l'humanité ? Pour certains, la réponse réside évidemment dans les Droits de l'Homme qui auraient une valeur universelle. Mais que répondre à ceux qui pensent que les Droits de l'Homme ne sont qu'une émanation de plus de la culture occidentale ? Et même si le principe d'un socle de valeurs communes était accepté, jusqu'où devrait aller la communauté des valeurs ? à vouloir trop de valeurs universelles, le risque est grand en effet d'une perte de la diversité culturelle ou d'une réduction de la culture à un simple folklore comme c'est déjà souvent le cas : une culture mondiale homogène colorée de-ci de-là d'une nourriture plus ou moins épicée ou de costumes plus ou moins colorés... [...] ©EQm

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