26-09-2017
 
 
SOMMAIRE

LE GRAND VOYAGE DU LUTHIER (EXTRAIT)

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à la fois entrepreneur et artisan : le luthier Olivier Pérot cherche comment concilier le respect du bois, de la musique et du musicien, tout en vivant de son art.

En Quête : Comment êtes-vous arrivé à la lutherie ?
Olivier Pérot :
Ma mère était musicothérapeute. Mon père était professeur de clarinette mais il avait étudié en ébénisterie. J'ai grandi dans les meubles qu'il a faits de ses mains, en apprenant à toucher la matière. C'est ce qui m'a donné le goût d'entrer dans une école de lutherie à 15 ans.

EQM : C'est un métier très spécialisé...
O. P.
 : Certains luthiers se spécialisent dans le violon, d'autres en alto, en violoncelle... J'ai opté pour la haute restauration qui me permet de travailler des Stradivarius, des Amati et d'autres instruments moins connus.
C'est un métier fascinant parce que nous oeuvrons avec la matière -le bois, les vernis. Mais nous optimisons aussi l'acoustique pour lutter contre les dommages du temps. Le premier sentiment qui nous envahit face à un violon, c'est qu'il est né bien avant nous, qu'il a vécu tant de choses. Pour cela déjà, on lui doit le respect. Comme on en doit aussi au luthier qui l'a fait naître pour un musicien, avec une esthétique, à une époque particulière...

EQM : Dans le film Le violon Rouge (François Girard, 1999), on voit un maître luthier briser d'un coup un violon qu'un de ses artisans avait mis un an à faire. La formation est-elle si dure ?
O. P.
 : J'ai assisté au même genre de scène lors de ma formation à l'école de Mirecourt, en France. C'est impressionnant ! Mais j'ai aussi vécu de belles rencontres. Un autre maître est venu voir mon travail : « Qu'est-ce qui vous anime dans la vie ? », m'a-t-il demandé. J'ai balbutié que j'aimais travailler le bois. Mais ce n'est pas ce qu'il voulait entendre. « Parlez-moi de vous, de vos loisirs », me dit-il. Je lui ai dit très timidement que j'aimais la montagne. « Eh bien ! Mettez-en un peu dans vos violons... » Une de mes plus belles leçons de vie ! J'ai compris qu'être luthier ne signifie pas produire des violons mais en faire des instruments chantant, vivant, qui peuvent partager une émotion. [...]

EQM : C'est un métier aux antipodes du rythme de consommation de notre société...
O. P.
 : C'est l'antithèse de la consommation. Les violons ont traversé le temps jusqu'à nous ; nous devons les aider à poursuivre leur voyage. Nous devons prendre notre temps aussi, pour comprendre le couple violon-musicien, accorder l'un avec l'autre. Il ne faut pas l'oublier, un violon c'est un amplificateur d'émotions. Le son exprime des choses sur lesquelles il est impossible de mettre des mots. Notre rôle est donc délicat. D'ailleurs, quand un musicien a trouvé son violon et qu'il me donne son ancien instrument, c'est un moment très difficile, comme un deuil.

EQM : Parlez-nous de la relation maître-apprenti.
O. P.
 : Un maître vous accepte à certaines conditions. La première, c'est de se soumettre totalement à ses objectifs, aux particularités de son atelier. En revanche, lui s'engage à vous faire acquérir assez d'expérience dans votre domaine. Si c'est l'expertise par exemple, il vous donnera l'occasion de voir assez de violons pour former l'œil. De luthier en luthier on progresse, on découvre de nouvelles dimensions du métier : un voyage à la fois physique mais aussi intérieur, qui dure une dizaine d'années et exige une grande capacité d'adaptation.

EQM : Il n'y a pas dix ans que vous avez ouvert votre propre atelier à Montréal. Sans être bien fortuné vous êtes déjà très impliqué dans votre milieu, y compris comme mécène !
O. P.
 : C'est important de supporter un jeune musicien qui n'a pas de moyens mais qui a du talent. Comme c'est nécessaire de bien conseiller un élève qui débute. Souvent, je vois venir des enfants de quatre ou cinq ans. La famille a entendu du violon à la télé, le petit veut en faire, les parents veulent acheter un instrument. C'est effectivement le plus beau cadeau qu'ils vont faire à leur enfant ! [...]

EQM : Comment faites-vous la part entre la passion musicale et la nécessité de tenir commerce ?
O. P.
 : Vivre seulement de la restauration d'instruments n'est pas possible. On ne peut demander au client le prix réel des heures que l'on passe sur quelques petits copeaux ! Accepter l'idée de vendre mes violons a été difficile ! Mais en même temps, je tiens effectivement un commerce ! On se situe au niveau de la sonorité, de l'émotion, de la matière, et puis soudainement, on change de registre pour annoncer le prix d'un instrument ! La notion de devis est très délicate ! Alors je me suis donné des balises : la première, respecter le budget du client ; la deuxième, vérifier minutieusement que le prix de l'instrument est juste. Je veux pouvoir garantir et assumer que l'instrument est en parfait état. C'est fondamental pour moi, car je veux créer une relation avec ce client pour 20 ou 30 ans. Mais en même temps, lui doit comprendre que je vis de ce métier. ©EQm

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©O.Pérot
Olivier Pérot
 
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