26-09-2017
 
 
SOMMAIRE

UNE CULTURE DE L'EUCHARISTIE ?

J'ai acquis cette conviction intime que l'homme (corps, âme et esprit selon la tradition biblique) au-delà des cultures humaines qu'il a façonnées, résultats anecdotiques de la maîtrise de son environnement, est constitué de fondamentaux communs à tous : recherche d'une vie à l'infini, risque du don qui engendre la multiplication, un amour plus fort que la mort et qui guérit. L'Eucharistie contient, résume et promeut cette « culture » fondamentale. Nous avons pourtant tendance à vouloir noyer cet essentiel pour rejoindre les hommes dans leurs cultures acquises et ceci sous couvert d'acculturation. Ne sommes-nous pas appelés au contraire à nous dépouiller des aspects accessoires de nos cultures locales pour nous laisser modeler par la Culture de l'Eucharistie ? Une voie serait ainsi ouverte pour une Civilisation de l'Amour enracinée dans la culture du don, celle de tout homme.

Les deux moines qui sont nos guides dans le pays de Jésus portent leur habit d'été simple et ocre comme la terre des berges du lac de Tibériade que nous longeons à pied.

Habit monastique au look si universel, si proche de celui des frères musulmans, de celui des fidèles des religions hindoues...

De leurs musettes, ils sortent de quoi préparer le Saint Repas :

  • le pain, corps de nos labeurs et de nos réalisations dans le Christ
  • le vin, sang de nos larmes de peine et de joie, associé au jaillissement du côté du Christ.
  • des vases de terre aussi pour laisser déborder de telles abondances de vies... de Vie.
  • L'intense clarté, la proximité calme du lac gomme tout le superflu, l'anecdotique, et nous livre à la contemplation de ces signes si modestes, testament du Christ.
    Sur une pierre juste un peu plus grosse que les autres est dressée la table où se récapitule l'histoire du Salut de l'Homme.

    Si peu d'éléments, le pain, le vin, des vases de terre pour le surgissement d'une telle source, pour la montée vers un tel sommet : l'Eucharistie ! Est-ce parce qu'il voulait offrir l'Amour sans fard à tous les hommes que le Christ opta pour être si minimaliste dans le choix de ses signes ?

    Ne pouvait-il pas, comme les prêtres de la religion de Mithra, ses contemporains, inscrire son message dans la puissance de la pierre et la variété des marbres, l'exprimer par l'éclat de l'or, le préciser dans la riche ornementation des objets du culte ?

    En réalité l'Itinérant, le Pauvre qui peut détruire le Temple et le rebâtir en trois jours, nous indique comme un bon pédagogue, une voie pour rejoindre chaque personne quelle que soit sa culture. Il nous dévoile qu'une authentique culture de l'Eucharistie nous conduira nécessairement à la Civilisation de l'Amour. Le point d'orgue de cette dernière dont parlent tant les derniers Papes en opposition à la culture de mort qu'ils dénoncent ne peut être que l'Eucharistie :
    Cette vie du Christ Corps livré, Sang versé en action de grâce pour l'alliance scellée à nouveau entre l'homme et Dieu.

    Nous observons toutefois que la tendance actuelle, sous couvert de mots à l'usage récent comme l'acculturation, ne fait qu'entériner la manière ancienne où la culture de l'homme enrobait jusqu'à le cacher le joyau de la Bonne Nouvelle ? Les anges joufflus de la culture baroque ainsi que les lances de chefferies et les chapeaux tribaux que certains prêtres africains arborent à l'ambon pendant les messes laissent-ils au croyant potentiel d'aujourd'hui l'espace pour s'approcher de l'amour nu que le Christ a voulu manifester en son hostie ?
    Les cultures, bien sûr, ne sont pas étanches et se métissent au contact les unes des autres, il faut considérer l'acculturation comme un phénomène continu auquel n'échappe sûrement pas ce que j'appelle la culture de l'Eucharistie. Toutefois, Celui qui est vrai Dieu mais aussi vrai homme ne nous propose-t-il pas un chemin inverse à celui de nos cultures humaines, vouées soit aux particularismes, à la majoration du détail, à la ségrégation par la différence soit à une globalisation universalisant souvent les aspects les plus obscurs d'une culture ? L'Eucharistie telle que le Christ nous l'a livrée serait donc à la fois le lieu de notre Salut mais aussi un lieu culturel de méditation pour parvenir ensemble à la Civilisation de l'Amour : en laquelle l'individualisme ferait place au personnalisme, le communautarisme à la communauté de cœur, l'économie du profit à l'économie du don.

    Revenons à notre Messe sur la pierre au bord du lac. Par les mains du prêtre est élevé le Pain éternellement vivant sur fond de ciel. Il est offert à l'adoration d'un moine et d'un couple. Une scène d'une simplicité extrême...
    Sous les apparences du Pain, Dieu vient aux hommes. Cependant nous pressentons que Dieu ne s'absente pas de lui-même. Tout simplement il ne met pas en avant ses prérogatives, ses connaissances, ses certitudes, en un mot son ego, Lui qui est Celui qui est !

    La banalité de l'Hostie est le premier gage de la communion. L'attitude du Christ dans l'Hostie est bien celle qu'exprimait le Précurseur St-Jean-Baptiste : « Il faut qu'Il croisse et que je diminue ».

    Bien rares sont les cultures qui existent en dehors du rapport de force. Pourtant les groupes les plus forts ne s'imposent pas toujours aux groupes les plus faibles. Le choix de la faiblesse fait par le Christ dans l'Hostie inaugure certainement un temps nouveau, prémices de la Civilisation de l'Amour. Serait-il capable d'influencer toute une société, une culture renouvelée ?

    L'Hostie qui s'expose, divinement habitée au moment de l'élévation, n'effraie pas le pauvre, au contraire son silence l'appelle, son humble fragilité le renforce, sa douce Présence le console.
    A l'évidence le Christ n'éteint pas la mèche qui fume encore !

    Bien plus, lorsqu'il communie au Pain de vie le pauvre est guéri, définitivement ! Il n'en meurt pas comme les prophètes de l'Ancien Testament qui s'approchaient trop près du Très Haut. Il est guéri en vie éternelle ! Quelle formidable culture de la convivialité est ainsi proposée dans le mystère eucharistique ! De la vie au quotidien avec les pauvres que nous sommes, voilà ce dont l'eucharistie témoigne. Le Christ initie dans ce sacrement un mode de vie, il nous invite tous frères humains, Anawims, pauvres du Seigneur, à marcher au pas du plus faible, renversant ainsi les modèles de sociétés où l'égoïsme rend l'homme moins humain.

    Cette nourriture du Salut ne nous invite pas seulement à une éternité future, mais aujourd'hui déjà la sainteté de l'Hostie pénètre les hommes, en fait des artisans de paix. Le monde actuel a tant besoin de voir que c'est le Christ qui vit en nous. Le génie de l'Amour du Christ a bien été de nous habiter du pain eucharistique afin que nous devenions d'autres Christ.

    Maintenant, sous les humbles apparences de l'humain vit un Dieu qui se glorifie dans la faiblesse, qui veut faire de nous en Jésus et Marie les fils et les filles de sa chair et de son sang, qui nous assure qu'Il sera tout en tous.

    Au bord du lac de Tibériade en ce matin radieux, le prêtre, le religieux et le couple bénéficient en l'Hostie d'un livre ouvert pour apprendre peu à peu la simplicité qui renverse bien des barrières, la communion qui élève les humbles, le don de la vie éternelle qui ôte toute peur.
    Pénétrés de cette culture du dépouillement, du don, de l'offrande sacrificielle pour une vie en abondance, saurons nous lui faire place pour qu'elle influence radicalement nos sociétés et nos cultures ou nous contenterons nous d'habiller « à nos modes » le message du Christ. ©EQm

    ©P.P.
    Pascal Pingault
    ©P.P.
    Le Pain de Vie.
    Semaine Sainte.
    Alicante. Espagne.
     

    Fondateur du Pain de Vie, Pascal Pingault est père de huit enfants et grand-père de huit petits enfants.
    Auteur et conférencier, il témoigne dans plusieurs pays de son choix de vivre « pauvre avec les pauvres ». D'origine française, il a fait d'un village de lépreux au Niger sa terre d'adoption.

     
     
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