26-09-2017
 
 
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TÉMOIGNAGE : CE PAYS QUI NOUS HABITE (EXTRAIT)

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Qui nous sommes compte moins que les paysages qui nous portent.

J'ai choisi de quitter mon pays le jour où j'ai découvert une profonde tristesse dans le regard de ceux qui avaient rêvé de partir, sans trouver la force de le faire. J'avais 28 ans, une immense soif de liberté, je voulais tenter ma chance au Québec : peurs et audaces s'affrontaient. Je ne voulais pas m'entendre dire, quelques années plus tard, comme tant d'hommes et de femmes de 40 ans le font de manière entendue : « à ton âge, j'y ai songé aussi »... [...]

Qui suis-je ? L'intuition du migrant rejoint l'expérience du nomade : nos vrais bagages sont en nous. Qui nous sommes compte moins que les paysages profonds qui nous accompagnent. Car nous sommes avant tout d'un paysage, de quelques lieux qui nous habitent, même si nous n'y sommes pas nés. Nous les portons en nous, comme autant de racines plus profondes que les détails de nos origines. Dans son livre sur Jules Verne, Michel Serres raconte que tout homme doit faire deux ou trois voyages dans sa vie : celui de la philosophie -le voyage des idées ; celui des hommes, pour connaître les peuples et la condition des pauvres. Puis ce voyage si intime des paysages, qui est tout aussi important. [...]

Je suis du silence d'une petite chapelle romane de Bourgogne, vieille de mille ans de prières et d'espérances, au milieu de larges vallées de vignes et de blé. Je suis du rivage d'un fleuve où les anges ont égrené dans l'eau bleutée quelques rochers couverts de pins, peut-être pour s'asseoir eux aussi en contemplant le ciel qui s'embrase dans la brise du soir.

Il reste très peu à dire. Celui qui a quitté sa terre découvre un jour que le pays d'où il vient n'est plus celui qui est. Tout semble pareil quand il revient. Pourtant tout a bougé, un léger décalage, progressif, comme le mouvement invisible de deux barques sur l'eau poussées par des courants contraires. Un jour, on découvre qu'on n'est plus d'ici. Il ne reste que ces lieux intérieurs pour poursuivre la route, habités des êtres que l'on aime.

Au bout du voyage, il faudra pourtant laisser son corps quelque part, car la terre doit donner son fruit. Mais où ? ©EQm

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©P.Navez
©L.F.
Laurent Fontaine
 

Laurent Fontaine est d'origine Belge. Il a émigré au Québec en 1992. Il revient chaque année en France ou en Belgique, pour des séjours plus ou moins longs. Journaliste et homme d'écriture, il travaille dans le domaine des communications. Il a quatre enfants, et vient de reprendre un passeport belge pour leur permettre de choisir eux aussi dans quel monde tracer leur sillon.

 
 
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