26-09-2017
 
 
DU CŒUR À L'OUVRAGE

ANDRÉE BÉDARD : LA FOI EN L'AUTRE

C'est dans leurs petites victoires quotidiennes que l'intervenante sociale découvre la grandeur des enfants.

On l'oublie facilement, mais les combats les plus ardus sont souvent ceux que l'on mène dans la banalité du quotidien. S'émerveiller des petites victoires : d'un regard qui s'ouvre, d'une parole qui ose se dire, d'une souffrance qui se transforme en espérance… C'est ce combat-là que mène Andrée Bédard, qui travaille depuis dix ans comme intervenante sociale en milieu scolaire.

Cette jeune femme de presque 30 ans ne cesse de côtoyer les différents acteurs de la grande scène scolaire et pour les uns comme pour les autres, elle doit souvent entrer dans le rôle de la médiatrice. Enfants, parents, professeurs, directeurs... peu importe la personne qui s'assied devant elle, l'important est de la rencontrer, de lui prêter sa confiance et de croire avec elle en sa capacité à changer, et cela peu importe les traces de sa vie passée. Pour Andrée Bédard, la clé de la réussite repose tout simplement sur la confiance, la foi en l'autre.

Enseignante, orthopédagogue, coopérante internationale ? André Bédard a envisagé plusieurs professions avant d'opter pour l'intervention sociale. Ses balises étaient claires : elle voulait exercer un métier à travers lequel elle pouvait vraiment les aider. « J'ai une chance inouïe parce que mon travail me permet d'être avec les gens. La spécificité de notre approche en travail social consiste dans l'interaction avec le client, dans la relation que nous tissons avec lui. Notre outil de travail, au fond, c'est nous-mêmes. Alors, il va sans dire que mes interventions sont inspirées par ma foi chrétienne, par ce que je suis. »

La jeune femme se méfie des extrêmes, tant sur le plan des idées que sur celui des émotions. Réaliste, Andrée n'a pas la prétention de « sauver le monde ». Mais elle ne peut non plus rester impassible face à la souffrance dans le monde et autour d'elle. Éduquée dans une famille chrétienne, elle a vite compris que la place du Chrétien est de se tenir au coeur du monde pour y rayonner la présence de Dieu. C'est pour cela qu'elle a décidé de s'investir dans les écoles, en essayant de « transformer le monde un coeur à la fois ».

Évidemment, la jeune intervenante ne peut pas parler explicitement de Dieu lors de ses rencontres. En grande discrétion et en toute humilité, elle parvient tout de même à témoigner de ce feu qui l'anime. Fidèle au Christ, elle cherche à être présente à chacun d'une manière personnelle. Grand défi dans le monde contemporain, et plus encore dans un milieu de travail où l'éthique professionnelle et la distance thérapeutique peuvent conduire à compter les gens comme des numéros.

Un défi qu'Andrée relève autant avec ses clients... qu'avec ses collègues. Comme la maison où elle demeure est située à quelques pas de son lieu de travail, elle a invité de manière informelle quelques collègues à venir manger chez elle. Tout naturellement, sa cuisine est devenue la salle à dîner du CSSS : chacun s'y sent à l'aise, « ils se servent même du lait dans le réfrigérateur », dit-elle, en riant. Ses collègues sont touchés par son accueil, mais aussi par cette force intérieure qui l'habite. Plusieurs se tournent vers elle pour partager des soucis professionnels ou plus personnels, parfois même leurs questionnements spirituels.

Pendant longtemps, la jeune intervenante a craint que son travail ne devienne une routine. Un jour cependant, elle a saisi le privilège qu'elle avait d'être chrétienne auprès d'une clientèle souvent défavorisée, avec tant de difficultés. « J'ai compris que mon travail me permettait d'exercer pleinement ma vocation de chrétienne : aimer mon prochain et particulièrement mes ennemis, ceux que l'on n'aime pas, qui nous dérangent, ceux qu'on voudrait pourvoir ignorer. Chaque personne est unique. Chaque personne est digne d'être aimée. Maintenant, je me réjouis parce que j'ose plonger avec foi dans chaque rencontre et par cette compassion, chaque expérience devient une nouvelle aventure, une expérience unique, un voyage qui me mène vers des frontières et des détours encore inconnus. » ©EQm

(avec A.-C. Comtois)

©A.B.
Andrée Bédard
 
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