26-09-2017
 
 
DU CŒUR À L'OUVRAGE

LUC OUIMET : LE BONHEUR EST DANS LE BOIS

Sa foi, Le travailleur forestier l'emmène au moulin à scie. Pendant 25 ans, il l'a fait vivre sous les capots des autos.

Quand il a appris qu'il était une fois encore mis à pied à quelques jours de Noël, Luc Ouimet a dit ça suffit. Après 25 années de travail passées sous les moteurs de toutes les sortes de voitures, le mécanicien a décidé que pour ses 50 ans, il se payait désormais la vie au grand air.

Quatre ans plus tard, le travailleur forestier qu'il est devenu ne regrette en rien son ancienne vie de garagiste. Luc Ouimet va désormais du bois d'un client à la terre d'un autre. Derrière son pick-up, il tire un moulin à scie portatif avec lequel il transforme érables, pins et autres essences en autant de planches, de poutres ou de billots. « Pendant 25 ans, les gens m'ont parlé problèmes de chars; aujourd'hui, ils me partagent les rêves que portent leurs arbres. »

Sa foi, Luc Ouimet l'emmène au moulin comme il l'a portait au garage. Que de conversations tenues à la pose ou dans le cambouis. « Ouach ? tu vas à la messe le dimanche lui demandaient ses collègues, en découvrant qu'il avait cinq grands enfants... avec la même femme, en plus ! Ces conversations lui permettaient d'évoquer le sens de la vie, la responsabilité vis-à-vis de la famille. « Ta femme, c'est spécial leur disait-il, il faut que tu la respectes, que tu l'aimes... » Beaucoup ont été marqué en découvrant qu'il priait avec la sienne, qu'ils apprenaient l'un l'autre à se pardonner et que cela leur donnait une vraie force.

Luc Ouimet n'est pourtant pas du genre à avoir grandi dans un bénitier. Mais quand lui et Rose, son épouse, ont dû vivre la mort de leur premier enfant quelques instants après l'accouchement, l'un et l'autre se sont tournés vers le Crucifix de la chambre d'hôpital : « Nous avons hurlé à Dieu qu'est-ce qui se passe ? Je me trouvais jeune pour penser à des arrangements funéraires. Mais notre foi s'est rejointe à cet instant-là. »

La foi, c'est sa grand-mère Alexandra qui l'a semée. Pendant plusieurs années, le jeune Luc passait ses étés et des morceaux d'hiver au Lac Carré, pendant que le grand-père travaillait au camp, en forêt. « Ma grand-mère et la terre m'ont appris les valeurs de base, dit-il. L'importance du travail bien fait; la rigueur de la vie - grand-mère Alexandra qui allait casser la glace, avec ses grandes jupes gelées, pour aller puiser de l'eau au ruisseau ; la prière le soir à la radio avec le Cardinal Léger ; la messe le dimanche même en hiver, en carriole avec les chevaux dans la neige... « C'est fou tout ce que ça demande d'ouvrage de faire un simple pain, quand on n'a pas la boulangerie au coin de la rue », rappelle-t-il.

Dans les années 1970, Luc a connu Rose. « Les gens nous disaient de ne pas nous marier, la mode était de s'accoter, raconte-t-il. Mais les gens manquaient de respect à ma femme, comme si elle était une blonde de passage. Alors on s'est marié - en quelques semaines ! pour dire : nous deux, c'est sérieux ».

La mort de leur premier-né mais aussi les formations qu'ils ont suivies avec Mariage Encounter les ont préparés pour accompagner leurs propres enfants, des collègues de garage tout comme de nombreux jeunes couples qu'ils ont aidés dans les premiers pas de vie commune. Les Ouimet ont aussi pratiqué la politique de la table ouverte : plusieurs jeunes prêtres (et même de futurs évêques !) sont venus chercher chez un peu de chaleur dans l'intimité d'une famille chahuteuse mais bien vivante !

Allez savoir pourquoi ? Quand la grand-mère Alexandra a laissé sa terre, il y a près de 25 ans, Luc et son épouse se sont débattus pour trouver les moyens de la racheter. « On ne pouvait pas laisser aller ça », se rappelle Luc. Et c'est sur cette terre qu'il a forgé peu à peu son rêve de laisser la mécanique pour la foresterie. « Aujourd'hui, quand je suis dans le bois, tout me rappelle ma vie mais aussi celle de mes parents et de mes grands-parents. C'est une vraie richesse. »

Luc y rencontre aussi Dieu. Oh ! Rien d'extravagant - simplement le profond murmure de la nature et cette présence, parfois, dans les conversations avec ses clients, d'autres travailleurs, des face à face où le divin croise l'humain. « Il y a comme une sagesse, un respect des uns des autres, du sens de la famille, un rythme plus humain, dit-il. On travaille dur mais on vit. » Pas de doute : s'il faut en croire Luc Ouimet, le bonheur est dans le bois... ©EQm

©L.O.
Luc Ouimet
 
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