26-09-2017
 
 
SOMMAIRE

UNE VILLE INDIENNE HIGH-TECH EN PLEINE CROISSANCE (EXTRAIT)

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Bangalore, 6.5 millions d'habitants (10 millions envisagés en 2020), 6ème ville d'Inde, connaît un boom économique remarquable : plus de 5000 ingénieurs en informatique hautement qualifiés, une conception de logiciels réputée au niveau international... Les infrastructures (routes, électricité, écoles, hôpitaux) restent pourtant à la traîne.

Dans ce contexte, comment Bangalore gère-t-elle son eau ? Une question essentielle au vu du développement urbain galopant, en Inde mais aussi en Chine, deux pays abritant à eux deux un tiers des habitants de la planète.

L'ACCÈS INÉGAL À L'EAU

Avec cette raréfaction des ressources en eau, Bangalore peine à approvisionner ses habitants régulièrement et en quantité suffisante. Aujourd'hui, la consommation d'eau de la ville est estimée à 850 millions de litres par jour, pour les ménages et les activités industrielles.

Pour répondre à la demande, une canalisation, installée dans les années 1970, pompe l'eau de la Cauvery River, située dans l'état voisin du Tamil Nadu, à 80 km de Bangalore. L'eau des lacs et de la Cauvery River fournissent 750 millions de litres quotidiens. Les 100 millions restants sont prélevés dans la nappe qui, au rythme actuel, sera épuisée dans 25 ans. Même avec cette surexploitation, l'eau n'arrive pas partout correctement. Ainsi les habitants des quartiers aisés doivent eux aussi stocker l'eau dans une citerne sur le toit en prévision des coupures. Les services de la ville souhaitent pouvoir offrir aux ménages au moins trois heures d'eau dans les tuyaux tous les deux jours ! Voilà qui en dit long sur la capacité du service de eaux... qui est pourtant bien meilleur que dans d'autres villes indiennes. Dans la partie centrale de la ville où se trouvent les quartiers les plus denses, l'eau n'arrive que deux jours par semaine. Dans une petite école d'un bidonville de Bangalore, dénommé « le lieu où Dieu habite », la réserve d'eau est souvent épuisée, il faut puiser au puits quotidiennement. C'est le seul puits du quartier les voisins viennent chercher son eau salée. Les 360 000 connexions au réseau public (autorisées ou frauduleuses) et les 8000 fontaines publiques ne couvrent que 75% des foyers. Le réseau se développe pourtant peu à peu, parfois anarchiquement : il arrive que des tuyaux installés ne soient pas raccordés et deviennent inutilisables... Le moins que l'on puisse dire c'est que la couverture actuelle n'est pas satisfaisante.

QUAND LES EAUX DE PLUIE REJOIGNENT LES EAUX USÉES...

Bangalore souffre de deux autres problèmes majeurs pour garantir un approvisionnement en qualité et en quantité suffisante : la pollution et le gaspillage. [...]

L'AVENIR EN SUSPENS

Devant cette situation, notre équipe a fait un constat alarmant : la pérennité de l'approvisionnement en eau n'est plus assuré à Bangalore. La situation s'avère vraiment critique pour la ville qui dispose par ailleurs d'atouts économiques importants. à tel point que l'activité économique elle-même est entravée à Bangalore et s'oriente vers d'autres cités de l'Union Indienne. Un paradoxe pour cette métropole qui ne connaît pas de difficultés insurmontables, contrairement à Chennai (Madras) qui subit une véritable pénurie en eau, Bangalore possède en effet toutes les ressources nécessaires mais la gestion actuelle les épuise.

Dans le cadre de notre mission de conseil auprès des services de la ville pour l'élaboration du Master Plan de Bangalore (plan de développement urbain pour les vingt prochaines années) la gestion de la ressource en eau est rapidement devenue une priorité. Nous avons donc recensé les zones humides grâce à des photos aériennes. Lors de longs échanges, réunions et temps de formation avec les services de la ville et les décideurs, nous (urbanistes et architectes indiens et français) avons démontré combien il est vital que dans ces zones les constructions soient interdites pour permettre le renouvellement des nappes phréatiques. En réalité, il faudrait que la croissance urbaine se fasse davantage par la densification du bâti des zones existantes plutôt que par l'étalement de la ville. Les zones humides pourraient alors être préservées. Aujourd'hui, les constructions apparaissent même au sud de la ville, dans une zone de collines et de lacs, pourtant réputée difficile à aménager.

Par ailleurs, il est urgent de raccorder les nouveaux lotissements et les quartiers les plus pauvres pour permettre un bon approvisionnement mais aussi un écoulement sûr des eaux usées. Il est essentiel en effet de réduire la pollution au maximum pour ne pas mettre en danger les nappes existantes.

Un système de récolte des eaux de pluie pourrait aussi permettre de garantir une ressource en eau plus abondante.

De tels investissements ne sont pas superflus. L'enjeu n'est pas uniquement celui de l'eau en tant que telle mais aussi celui de l'avenir économique de la ville. Il n'existe pas de solution miracle mais, en conjuguant les efforts individuels et collectifs dès maintenant, des solutions restent possibles. ©EQm

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©A.du Payrat
Anaïs du Payrat
©A.du Payrat
Réservoir sur le toit
d'un immeuble.
©A.du Payrat
 

L'auteur, Anaïs du Payrat, après un magistère d'aménagement du territoire et de gestion des collectivités locales à l'Institut de géographie de la Sorbonne, a été sollicitée pour son premier poste pour la mise en place du Master Plan de la ville de Bangalore en Inde. Ce projet a abouti et conduit l'urbanisation de la ville pour les 20 prochaines années. En France actuellement, elle est chargée d'études et d'opérations en amélioration de l'habitat en région parisienne.

 
 

LA CITÉ DES LACS
Dans « la cité des lacs », comme Bangalore a parfois été appelée, l'eau est omniprésente dans le paysage. D'Ulsoor Lake - bordé de tours de bureaux - dans le centre-ville, jusqu'aux champs irrigués de la périphérie, en passant par les égoûts à ciel ouvert qui parcourent la ville, l'eau ne paraît pas manquer. Bangalore n'est pourtant pas traversée par une rivière permanente qui apporterait de l'eau en quantité suffisante. Pour compenser, dès le XVème siècle, les habitants aménagent ingénieusement les vallées en terrasses pour récolter l'eau de pluie, stockée dans des lacs artificiels. La croissance urbaine a tôt fait cependant de dévorer ces zones de ressource en eau. Sur les 260 lacs et réserves d'eau significatifs présents en 1850, seulement 80 demeurent actuellement ! En se développant, la ville imperméabilise les sols et réduit ainsi leur capacité de captage de l'eau. Dans les vallées, les lotissements grignotent les terres agricoles qui fournissent la ville en fruits et légumes.
 

 
 
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